Je savais qu’en ouvrant mes données de ventes pendant 1 année, ça pourrait occasionner quelques situations gênantes. En général, quand on demande aux auteurs : “Pis, tes livres vendent-ils bien?”, ils répondent quelque chose d’assez vague comme “Oui, oui, quand même” ou “Bof, tu sais, dans le livre, on fait pas des fortunes”.

Ici, étant donné que j’offre les redevances de mes livres numériques indépendants à la Fondation pour l’alphabétisation, je me suis engagé à dévoiler mes chiffres de vente mois par mois, de janvier à novembre.

Alors voilà. J’ai publié un nouveau livre numérique en septembre.

J’en ai vendu 7 copies dans la semaine de lancement.

Et une seule dans le mois suivant.

Bout d’crisse.

* * *

Et le plus gênant dans tout ça, c’est que 2 des 7 copies vendues dans la semaine de lancement, c’est moi qui les ai achetées pour tester les livres sur les plateformes.

* * *

Ainsi, chers lecteurs, vous avez décidé collectivement de ne pas acheter mon livre.

Certains d’entre vous avez lu tome 1, mais n’avez pas été intéressés par la suite.

Plusieurs d’entre vous se sont joints à une liste de diffusion en compagnie de 2000 autres abonnés, et vous avez choisi de suivre mes nouvelles, d’entendre mes anecdotes, de bénéficier de mes conseils (directs ou indirects, je réponds à des dizaines de messages par semaine). Au bout du compte, vous avez également choisi de ne pas acheter mon livre.

La majorité d’entre vous saviez qu’en vous procurant ce roman à 4,99 $ – un prix somme toute dérisoire -, un total de 6,99 $ serait remis à la Fondation pour l’alphabétisation. On crée de l’argent! Vous avez décidé de ne pas entrer dans le mouvement.

Bref, vous avez choisi de ne pas être là quand j’avais besoin de vous.

Je ne comprends pas trop pourquoi. Il me semble que j’ai fait mon travail ; je me suis efforcé de livrer une bonne histoire et, en périphérie, un produit de qualité.

Je me gratte la tête depuis des jours sans trouver de réponses.

Oui, certes, de nombreuses perturbations de vie récentes ont fait en sorte que j’étais moins présent sur les réseaux sociaux pour promouvoir mes livres. Mais quand même… 6 copies?? Pour quasiment 2 ans de travail???

J’en aurais vendu 10 fois plus que j’aurais encore eu un goût amer dans la bouche.

* * *

Ça m’oblige à me remettre en question.

D’abord, est-ce que mes livres sont si à chier qu’ils ne méritent même pas d’être ouverts? C’est possible, je n’exclus jamais cette possibilité-là. Mais les quelques personnes qui ont lu les 2 premiers tomes de la série m’ont assuré qu’ils étaient bons. Très bons, même.

Ça ne semble donc pas être un problème de qualité.

Quelque part, le message n’a pas passé.

Ou c’est autre chose.

Peut-être que les gens ne veulent pas acheter une série “en cours”, préférant attendre d’avoir un produit fini pour se lancer là-dedans.

Peut-être que le numérique est réellement en déclin et qu’il n’y a pas d’avenir là-dedans.

Peut-être qu’en me lançant dans l’avenue de la publication indépendante, j’ai vraiment ruiné ma carrière, comme certains prophètes de malheur l’ont prétendu au départ.

Peut-être qu’on me pirate.

Peut-être que… ouain, fuck this.

* * *

J’ai investi énormément de temps et d’argent dans ce projet-là. Beaucoup de temps pour la promotion de mes écrits par ma liste de diffusion, que je nourris religieusement chaque mois depuis quelques années pour satisfaire ses 2000 abonnés. Et aussi par le blogue, qui demande autant de bouffe sur une base régulière.

Beaucoup de temps pour écrire ce foutu livre, évidemment. Et pour me relire, réécrire, me relire et réécrire encore. Et pour le mettre en page, en faire la couverture.

Aussi, beaucoup du temps des autres, dont celui de mes précieux collaborateurs qui ont travaillé directement sur les 2 premiers tomes. (Merci à vous, encore une fois, ce désastre n’est pas votre faute.)

Et de l’argent. De l’argent pour imprimer les copies papier offertes en service de presse. De l’argent pour payer mon abonnement à mon application d’infolettres parce que, hein, une fois que tu dépasses un certain nombre d’abonnés, faut payer.

De l’argent pour toutes les fournitures de bureau, les déplacements et les frais liés au salon du livre pour parler de mon oeuvre au public.

De l’argent que je ne reverrai jamais.

Je suis tanné de payer. Et de mettre du temps dans un projet qui s’avère être un réel trou noir.

Je me dis qu’un bon entrepreneur doit savoir quand lâcher prise pour éviter que son acharnement l’entraîne dans un gouffre duquel on ne peut sortir. Les faillites, ça commence toujours par ça.

* * *

Chers lecteurs, le message que vous m’envoyez aujourd’hui est très clair.

Je ne répondrai pas immédiatement, mais je vais réfléchir sérieusement à ce que vous venez de me dire. Et je vais orienter mes prochains plans professionnels par rapport à ça.

Et merci de m’avoir livré votre message rapidement. Ça aurait été pire si vous aviez attendu.

On s’en reparle bientôt.

Chers lecteurs, vous m’avez livré un message TRÈS clair
Étiqueté avec :    
  • Gen

    Je pense que tu es tout simplement victime du moins bon côté de “la réalité commerciale”, phénomène dont l’édition traditionnelle nous tient à distance. En recevant nos chiffres de vente une fois par an, on est assurés de ne pas déprimer à chaque jour et/ou chaque mois en essayant de les tenir à l’œil (et en espérant les voir monter). En plus, entre le moment où le livre est lancé et le moment où on reçoit notre premier chèque, on a souvent écrit le projet suivant, alors on s’encourage en se disant “Ah, mes ventes sont nulles, mais le prochain bouquin ce sera un hit”… En autoédition numérique, tu n’as pas ces filtres-là, alors ça fesse direct. Je comprends que ça te décourage… Mais comme je suis la première à ne pas lire en numérique (j’ai essayé et j’aime juste pas), ben je crois que tu t’attaquais à un marché très difficile.

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