RueDesLibraires.com
J’attends depuis plusieurs semaines l’ouverture de RueDesLibraires.com, un site que préparaient les Librairies indépendantes du Québec pour contrecarrer l’hégémonie d’Amazon ici, au Québec.

L’Europe a lancé un site semblable en début d’année : 1001libraires.com. L’idée derrière ce projet était bonne : on voulait offrir aux Internautes de recevoir leurs livres par la poste ou la possibilité de les cueillir en librairie. Pourquoi pas? Le réseau de librairies est très étendu en France et ça permet de mettre la main sur ses livres quelques jours plus tôt, en plus d’économiser sur les frais d’envoi.

Lors de la mise en ligne, un problème a gâché mon plaisir, et c’est l’interface (et on s’entend là-dessus, c’est majeur).

Je vais être franc et direct : 1001libraires.com et difficile à consulter. La page d’accueil est une sorte de melting pot sans hiérarchie. Lorsque j’atterris là-dessus, je ne sais plus où donner de la tête. Je me croirais dans un bazar.

Personnellement, je n’ai pas envie d’y passer plus d’une minute.

C’est principalement sur ce point que RueDesLibraires.com gagne son pari. Le site est agréable à consulter. Il est simple sans être simpliste. Et le processus de commande est un vrai charme.

Bien sûr, le site est ouvert depuis hier, et il contient encore des anomalies. Rien de bien grave. Les propriétaires vont probablement passer les prochains jours, sinon les prochaines semaines, à le roder.

En visitant le site pour la première fois, j’avais l’intention d’écrire une critique à son propos, mais, à bien y penser, ce serait inutile; vous pouvez vous y rendre et le tester par vous-mêmes. Je le dis tout de suite : la critique serait bonne, j’ai aimé mon expérience de magasinage et j’ai l’intention d’y passer mes prochaines commandes.

Par contre, je crois qu’on pourrait améliorer cette expérience en y apportant quelques correctifs.

Dans cet article, j’énumérerai les points qui, je pense, mériteraient une attention particulière, quitte à avoir l’air négatif. Mais je le répète, je trouve que RueDesLibraires.com a un potentiel immense. Il lui manque juste un peaufinage final pour l’élever au même niveau qu’Amazon.

Bien sûr, je pourrais simplement envoyer un courriel aux LIQ avec ces informations, mais je suis curieux d’entendre votre avis sur le sujet. Après tout, vous êtes majoritairement des lecteurs et des acheteurs potentiels. N’hésitez pas à partager vos impressions sur RueDesLibraires.com, vous aussi, dans les commentaires de ce billet.

Naviguer parmi les titres

C’est la fonction principale d’un tel site. Ou bien j’ai un titre en tête et je désire le trouver, ou bien je me cherche une prochaine lecture et je me laisse tenter par les résumés et les couvertures.

Une des bonnes idées mises en branle par RueDesLibraires.com, c’est de montrer les livres de biais, dans certaines sections, pour qu’on puisse voir leur épaisseur.

Ceux qui connaissent les livres de Patrick savent que "Le Passager" est moins long que les autres.

Je l’avoue, ça ajoute une touche de réalisme qui me plaît.

Lorsqu’on visite une section en particulier, ou un résultat de recherche, les livres sont présentés de manière traditionnelle, c’est-à-dire avec la couverture et le titre en dessous :

Livres de Patrick Senécal dans un résultat de recherche
Livres de Patrick Senécal dans un résultat de recherche.

En cliquant sur les titres, évidemment, on tombe sur une page avec un ISBN, un résumé et l’information nécessaire pour acheter la version numérique.

Tout est en place pour avoir une belle expérience de magasinage. Ce qui manque, maintenant, c’est la base de données qui vient avec l’interface.

Comme je l’ai dit, le site doit être en période de rodage, alors c’est normal qu’il se soit glissé quelques erreurs dans les titres. L’idée de montrer l’épaisseur des livres est géniale. Ce qui est moins génial, c’est quand cette visualisation devient trompeuse.

Dans un premier temps, je trouve dommage que, dans les détails d’un livre, on ne trouve aucune information quant au nombre de pages. C’est pourtant une donnée essentielle. Quand je bouquine sur Internet, je veux savoir si je m’apprête à acheter une brique ou une longue nouvelle. Ça m’aide aussi à savoir si un prix est raisonnable.

L’information doit être coincée quelque part dans la base de données, pourtant, puisqu’on est capable d’estimer l’épaisseur des livres.

Le problème que je veux soulever est illustré ici :

Cliquez pour agrandir.

Ceux qui ont lu Le sang des prairies (le dernier livre affiché) savent que c’est une “brique”. Or, on nous le présente comme étant mince.

Je comprends alors que la base de données de RueDesLibraires.com ne contient pas d’informations sur le nombre de pages pour ce livre.

Le visuel devient donc trompeur. J’aurais préféré qu’on trouve un moyen pour m’informer que l’épaisseur du livre n’est pas disponible plutôt que d’afficher une version “mince” par défaut.

Si une information n’est pas fiable, elle m’est inutile et me rend suspicieux.

Le cas des couvertures manquantes

Un autre problème majeur qu’on retrouve sur pratiquement toutes les librairies en ligne, c’est celui des couvertures manquantes. RueDesLibraires.com n’y échappe pas, pour le moment, même si j’ai l’impression que les nouveautés futures seront bien intégrées.

Pour l’instant, si je clique sur la section “12 ans et +”, j’obtiens cette première rangée :

Deux couvertures sur quatre sont manquantes.

Bien entendu, je sais qu’inclure toutes les couvertures serait un travail de moine. Et ça couterait cher en main-d’œuvre. Je trouve ça dommage, pourtant, pour ces livres qui ne sont pas accompagnés de leur visuel. C’est plate pour les graphistes qui les ont faites, plate pour les auteurs qui se sentent mis de côté et plate pour les maisons d’édition.

De plus, quand mes yeux parcourent la page, je navigue dans les rangées de gauche à droite et je n’observe, en général, que les couvertures. Si une couverture est manquante, souvent, je ne prends pas la peine d’aller lire le titre en dessous. Je le passe. Le livre est inexistant.

Un des moyens pour contrecarrer ce problème serait de faire comme sur le site Goodreads, c’est-à-dire mettre des “couvertures de remplacement” automatiquement, ce qui permettrait aux Internautes comme moi d’attraper quelques titres au passage, sans avoir besoin d’aller lire les informations sous les images.

Le visuel utilisé par Goodreads pour les livres dont la couverture est manquante.

Reste à savoir si une telle pratique serait légale pour un site de vente (parce que ce ne serait pas la vraie couverture). Il doit exister un moyen pour signifier cela à l’Internaute.

Et les couvertures manquantes pour les livres de biais?

Alors, là, c’est un bogue :

Les livres dont les couvertures ne sont pas disponibles sont invisibles.

La meilleure solution pour les couvertures manquantes

Je mettrais un lien pour permettre aux Internautes de proposer des visuels eux-mêmes. Je vous l’assure : les auteurs vérifient si leurs livres sont présents sur ces sites, et seront prêts à y mettre les efforts nécessaires pour corriger les informations erronées à propos de leurs publications.

Les lecteurs aussi, tant qu’à y être. Plusieurs d’entre eux sont impliqués dans ces choses-là. Et les maisons d’édition aussi.

Il suffirait qu’un employé, de l’autre côté du site, puisse approuver d’un seul clic les améliorations suggérées. On aurait donc beaucoup moins de couvertures manquantes, de titres écrits tout croche et d’erreurs comme celles-ci :

Vraiment pas la bonne couverture.
Vraiment pas la bonne couverture.

Le lien qu’on retrouve présentement sur Amazon.ca et qui remplit cette fonction :

Les changements soumis par les Internautes sont souvent approuvés en moins de 48 heures.

Les commentaires des libraires et des Internautes

Ce qui va devenir la force de RueDesLibraires.com, d’après moi, c’est la possibilité d’y écrire des commentaires. Bien sûr, on peut aussi en laisser sur Amazon, mais comme ce site est visité par une majorité d’anglophones, on n’y retrouve jamais de critiques ou commentaires sur les livres en français, ou presque.

Et n’est-ce pas la priorité de RueDesLibraires.com de laisser une voix aux librairies?

C’est très prometteur.

D’abord, les internautes peuvent voter sur leurs livres, dans le style “pouce en l’air” ou “pouce en bas” :

C'est simple : on aime ou on n'aime pas.

J’aime quand un système nous permet de voir l’appréciation globale d’une oeuvre. Que ce soit par de petites étoiles ou par des pouces. Ça me met en confiance, quand je m’apprête à commander un livre.

J’aime aussi lire des commentaires plus élaborés.

Par exemple :

La critique d'un libraire.

On trouve ces critiques au bas des pages, sous la fiche d’un livre.

Ici, j’ai essayé de donner une évaluation positive au commentaire, mais le site a la fâcheuse habitude de me déconnecter au bout de quelques minutes. C’est frustrant, je l’avoue. Je m’attendrais à ce que ma connexion reste active pendant 30 jours, comme sur la plupart des sites que j’utilise. Ça rend la navigation et les interactions pénibles.

Parlant de frustration…

J’ai essayé de recopier sur RueDesLibraires.com une des critiques que j’avais écrite sur Goodreads, pour un livre de Sylvain Hotte. Voici ce que ça a donné :

Valeur erronée?

D’abord, quand j’écris une critique, j’hais ça écrire un titre. Tout ce qui me vient en tête, ce sont des expressions banales comme “Bon livre” ou “J’ai aimé”. Une critique devrait pouvoir ne comporter aucun titre. Quand je commente sur un blogue, est-ce que j’écris un titre? Non. L’essentiel, c’est le texte.

Et on m’indique “Valeur erronée” pour mon texte. Je suppose que c’est parce qu’il est trop long. Mais, en réalité, il ne fait que deux petits paragraphes.

Pourquoi veut-on nous empêcher d’écrire des critiques élaborées? Ce sont pourtant celles-ci qui sont utiles. Et une critique de deux lignes, qu’elle vienne d’un Internaute ou d’un libraire, c’est loin d’être intéressant.

RueDesLibraires.com pourrait toujours afficher les quatre ou cinq premières lignes d’une critique longue, et ensuite mettre un bouton “Voir plus”, comme on en croise souvent sur le Web.

En bref

Voilà les principales lacunes que j’ai repérées sur ce très bon site. Elles ne sont pas bien graves, mais pourraient être facilement corrigées ou améliorées.

Pour l’instant, mon budget est limité et je ne commanderai pas immédiatement sur ce site. Mais je compte bien le faire dans les prochaines semaines. J’écrirai peut-être un nouveau billet lorsque cela se produira, pour évaluer l’expérience d’achat.

Bien sûr, sur DominicBellavance.com, j’ai l’intention de changer les liens pour acheter mes livres, qui dirigent présentement vers Amazon.ca, pour RueDesLibraires.com. Mais avant d’effectuer ce changement, il faudra que le site offre Roman-réalité, qui est pourtant sorti depuis deux jours…

Suggestions en vrac à l’attention des développeurs

  • Mettre un thésaurus pour la recherche et une fonction de correction automatique (ex. : si on écrit “Dominique Bellavance”, on n’obtient aucun résultat);
  • Rendre plus clair le fait qu’on se trouve dans la version “Numérique” du site, si on appuie sur le bouton bleu, à gauche, à l’accueil (peut-être une mini banderole dans le titre?);
  • Le bouton “Ajouter à ma liste” devrait être plus gros et placé en dessous du bouton “Ajouter au panier”. J’ai eu beaucoup de difficulté à le trouver;
  • Le site devrait retenir nos options d’affichage (ex. : quand on choisit de voir 48 livres par page, etc.).
  • Ben… c’est pas mal ça pour l’instant.
RueDesLibraires.com, un nouveau site mis sur pied par les LIQ
Étiqueté avec :                    
  • myrheille

    Wow! Ils auraient dû t’engager comme testeur! T’es un peu téteux mais y’en faut, j’imagine ;)

    Moi ce que je trouve dommage, c’est la même chose que dans les librairies non-virtuelles: la catégorie “roman québécois”. J’ai rien contre elle en tant que telle, mais j’aimerais beaucoup pouvoir chercher, mettons, des livres de Science-fiction / Fantasy ET des livres québécois en même temps… Mais ça demande probablement un travail de catégorisation digne des moines!

    Pour le reste, j’adore le site. J’ai toujours haï acheter des livres québécois sur amazon.ca et ça a fait que ma consommation de livres anglophones a trop augmenté à mon goût. Voilà un très bon remède! J’aime beaucoup que la catégorie “Choix des libraires” soit en évidence sur la première page – parfait pour une fan de lèche-vitrine en ligne comme moi.

  • Pingback: lacapitaleblogue.com | RueDesLibraires.com, un nouveau site mis sur pied par les LIQ | DominicBellavance.com()

  • Mathieu

    Wow! Merci de nous faire découvrir ce site. Enfin un équivalent québécois d’Amazon! L’un des problèmes que j’ai malheureusement pu noter fut que tous les livres ne semblent pas encore répertoriés dans la banque de données. Par exemple, si l’on fait une recherche sur Élisabeth Vonarburg, aucun des titres de la série Tyranaël n’apparaîtra. Ce n’est pas encore parfais comme site, mais ça démarre tout de même très bien.

  • Mathieu

    Je viens de remarquer qu’en inscrivant “Tyranaël” dans l’onglet recherche, on obtient ce que l’on désire. Il fallait donc inscrire “Elisabeth Vonarburg” et non “Élisabeth Vonarburg”…

  • bonjour,
    étant moi-même très intéressé par les questions de marketing des secteurs culturels (livre, musique, audiovisuel, vidéo/VOD) j’ai quelques questions : est-ce que vous connaissez le modèle économique du portail et la nature du lien entre les libraires et le portail? est-ce que les libraires sont actionnaires ou bien est-ce que le portail est une entité à part ? les libraires (peut-être regroupés au sein d’une association) sont ils intéressés aux résultats du portail?
    bravo et bon courage

  • Gilles : Oui, les librairies indépendantes ont tout à voir dans ce projet. Ce sont les LIQ (Librairies indépendantes du Québec) qui ont financé la création du site. Et lorsqu’on passe une commande, on peut choisir quelle librairie va l’honorer (et un montant lui sera versé).

    C’était un peu le même principe qu’avec LivresQuebecois.com, sauf qu’ici, ça s’applique à tous les livres en français.

    Non, vraiment, je trouve ça très bien.

  • Wow! Quel beau billet! Merci de nous partager ce nouveau site de ta façon de nous le montrer sous tous ses angles. ;-)

  • Bonjour Dominic,

    Merci pour les commentaires. C’est fort apprécié et très constructif. En effet, il s’agit d’une étape importante pour nous et nous nous donnons quelques semaines de rodage pour apporter des améliorations aux légers pépins techniques soulevés.

    N’hésitez pas à nous signaler d’autres trucs en écrivant à webmestre@ruedeslibraires.com.

    Pour Gilles: En effet, le portail appartient à la coopérative des Librairies indépendantes du Québec, propriété de 80 librairies du Québec et du Canada francophone. Pour chaque vente réalisée, un montant est remis à la librairie favorisée.
    Non seulement les libraires sont intéressés au résultat du site, mais elles y ont également une présence individuelle. Consultez la page : http://www.ruedeslibraires.com/nos-librairies/?view=list et cliquez sur les noms de librairie en bleu. Cela montre des sites personnalisés à la librairie où ils géreront de façon individuelle les titres mis de l’avant. Une belle façon de conserver leur indépendance, et de faire une promotion diversifiée de la littérature.

    Au plaisir et, surtout, visitez la rue!
    Dominique Lemieux
    RueDesLibraires.com

  • Pingback: ruedeslibraires.com | votre Technocopain()