Quand Dominic m’a parlé de son idée d’Invité du mois, j’ai été enchanté par le concept. Après tout, je blogue relativement souvent sur l’écriture, l’édition et tout ce qui se rattache au livre, alors de le faire sur une autre plate-forme que la mienne, pourquoi pas, me suis-je dit.

 

Or, il appert que je suis mentor pour le site Academos, qui réunit des dizaines de cybermentorés (des élèves du secondaire, pour la plupart) en quête de savoir et de transmetteurs dudit savoir. Depuis 2005, je réponds à des questions concernant les métiers d’enseignant, d’auteur, de directeur littéraire et d’éditeur, chapeaux que je porte ou ai porté au cours des dernières années.

 

Cette année, la majorité des questions porte sur l’écriture, et je me retrouve devant un phénomène qui me rappelle mes premières armes: les jeunes qui m’exposent leurs idées conçoivent des sagas, non pas des « histoires ».

 

Je m’explique.

 

J’ai toujours aimé imaginer, inventer des péripéties. Je me souviens, en secondaire 1, quand, dans le cours d’anglais, il fallait nommer nos passe-temps, je répondrais « read, and write. » J’avais trouvé, dans un des vieux coffres de cèdre du sous-sol, chez mes parents, des articles de journaux étudiants signés par mon père, et mon ambition d’écrire était née. Ou plutôt, un genre de confirmation que c’était possible que je pusse écrire (désolé, c’est le temps de verbe qui donne ce mauvais mot-là!) puisque mon père l’avait fait. Donc, j’imaginais, dans ma petite tête, des situations, que je ne couchais pas nécessairement sur papier. Cependant, deux ans plus tard, mes parents m’achetaient une machine à écrire avec mémoire intégrée (oui oui, les enfants, dans les années 90, ce n’était pas tout le monde qui avait un ordinateur. Même pas toutes les maisons!) qui me permettait de taper et de sauvegarder sur disquette, puis d’imprimer quand je le souhaitais.

 

Je me souviens que je désirais à ce moment imiter mes auteurs favoris… mais mis à part Daniel Sernine et Denis Côté, je ne lisais pratiquement que des sagas du Fleuve Noir, soit les traductions de séries liées aux jeux de rôle. Je rêvais d’écrire dans l’univers de Shadowrun, avec son éveil de la magie dans un monde moderne ultraviolent, où dragons et elfes sont combattus autant à coup de fusil qu’à grand renfort de sortilèges.

 

Je ne me souviens pas exactement du moment où j’ai lu David Eddings pour la première fois, mais je me rappelle très bien l’effet que ça à eu sur moi : j’ai compris que je voulais écrire des sagas, moi aussi, qui relatent les aventures d’un groupe de héros qui veulent sauver le monde. J’ai aussi découvert Anne McCaffrey et Marion Zimmer-Bradley au même moment, et j’ai découvert que la fantasy se déclinait sur plusieurs modes, et qu’elle pouvait même se mélanger à la SF!

 

À ce moment-là, j’ai commencé à écrire un «premier roman » de fantasy, qui relate comment un jeune garçon trouve un vieux grimoire dans son grenier et qu’il comprend que c’est lui le genre d’élu de la prophétie, et que ses « compagnons » sont d’autres jeunes de son village, et qu’il doit les réunir pour partir à l’aventure. Je n’ai pas élaboré vraiment cette histoire, mais je me souviens que les personnages étaient inspirés des gens de mon entourage, et que le groupe ainsi formé ressemblait un peu à celui des héros de Eddings. De mémoire, on y retrouvait l’apprenti forgeron, grand et fort (inspiré de Barak, le marin immense de Eddings); le petit futé très intelligent, qui peut tout réparer (Silk, un personnage de Eddings, guide et marchand redoutable); le jeune palefrenier éleveur de faucons de combat (inspiré de La Belle Fauconnière, de Bradley, et de Mellony, la chanteuse aux lézards-de-feu, de McCaffrey ainsi que de Hettar, celui qui parle aux chevaux, dans Eddings), une fille qui savait faire je sais pu quoi (elle contrôlait probablement le feu, comme Charlie dans un des livres de King, et inspirée de Ce’Nedra, la compagne de Garion dans Eddings)…

 

Bref… pas grand-chose d’original. Si je me souviens bien, ce que je voulais qu’ils fassent, c’est ramasser les sept morceaux d’une épée qui ont été perdus pour faire je ensuite je sais pas quoi… Ceci étant plus inspiré par le conte de Bélar aux Aloriens (dans Eddings) que de l’épée brisée du Seigneur des Anneaux.

 

Je me souviens, je me voyais déjà publier des dizaines de romans de cette saga, et pourtant j’avais à peine un concept et presque pas de personnages, aucune aventure précise en tête, mais j’avais 15-16 ans et je voulais que mes lecteurs soient enlevés par l’aventure, l’adrénaline et l’émerveillement.

 

Étrange comme le temps a passé. Je vais avoir 30 ans en mars, et j’ai maintenant en mains des outils plus solides pour écrire, que j’ai développés dans les 15 dernières années et ce que je souhaite, c’est exactement la même chose : que mes lecteurs soient enlevés par l’aventure, l’adrénaline et l’émerveillement.

L’ambition de l’écriture (1)
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3 avis sur « L’ambition de l’écriture (1) »

  • 9 décembre 2008 à 22:47
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    Je pense que quand on commence à vouloir écrire jeune, on passe tous (ou presque) par ce processus. Moi, j’avais commencé à écrire une série de SF à 12 ans. Avec toute l’inexpérience de la jeunesse. Je te dis pas, en relisant ça maintenant, à quel point c’était nul et pourri! :-)

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  • 10 décembre 2008 à 16:44
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    Vraiment intéressant comme confession, Mathieu :-) Ma pulsion première a plus été pour le roman que la saga mais il y a beaucoup de jeunes qui rêvent d’abord d’écrire des série… alors qu’ils n’ont jamais essayé ni le roman, ni la nouvelle. Hé hé…

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  • 10 décembre 2008 à 17:09
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    J’ai encore plusieurs de ces vieux textes… d’ailleurs, j’ai dernièrement repiqué une idée pour un texte…

    et Le Luthier est une version totalement réécrite d’un texte dont la première version datait de 1994… texte que j’ai encore, et que je mettrai peut-être un jour en ligne, question qu’on s’exclaffe tout le monde ensemble.

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