Je voulais absolument assister à cette table ronde. Cela insinuait que je devais me lever à 5 h du matin, le samedi, et sauter dans le premier autobus pour Montréal. J’ai réussi à arriver à temps, même si j’ai dû rattraper du sommeil en cours de route.

Comme toujours, Patrick a été à la fois drôle et captivant. Il nous présentait sa vision des choses sur le dialogue, sa façon de l’utiliser dans le roman : ne pas en abuser, être clair, faire en sorte qu’on puisse reconnaitre le personnage qui parle ET son émotion sans utiliser le fameux « dit-il tout en étant fâché ».

Malheureusement, dans toutes ces théories et suggestions, je n’ai pas trouvé d’apprentissages véritablement nouveaux, puisque j’ai eu la chance de bénéficier d’une formation semblable à l’Université Laval avec une spécialiste du théâtre. Les dialogues étaient aussi l’un des aspects sur lesquels j’ai vraiment « buché » sur Alégracia et le Dernier Assaut. Je voulais améliorer cet aspect de mon écriture et, en toute sincérité, je pense avoir réussi à relever le défi, même si cela m’a demandé des efforts considérables en analyse et questionnements (Qu’est-ce qui est efficace? Qu’est-ce qui ne l’est pas? Où sont mes faiblesses? Comment les corriger?). J’ai dû me remettre en question sur plusieurs plans, de là ma plus grande connaissance sur le sujet que l’an dernier.

Patrick a tout de même soulevé un point qui m’a beaucoup intéressé : est-ce que les personnages doivent parler exactement comme dans la vraie vie? Car on le sait, dans la conversation de tous les jours, aucun Québécois (ou presque) ne prononce les « ne » dans une négation. Doit-on alors exclure ce mot dans nos romans?

Pas tout à fait.

Patrick nous explique qu’il n’utilise pratiquement jamais de telles négations dans ses dialogues, sauf pour certains de ses personnages qui sont plus instruits. Même si ces personnes n’emploierait jamais le « ne » dans la vraie vie, ça pourrait passer pour le roman, car un lecteur n’interprète pas les dialogues écrits de la même façon qu’il les interprète à l’oral. Le langage littéraire diffère du langage de tous les jours, même lorsqu’il se veut familier. En ce sens, pour bien formuler ses répliques, un écrivain doit faire preuve de jugement et utiliser son GBS.

Pour ma part, j’ai pris l’habitude d’exclure systématiquement le futur simple pour le replacer par un verbe accordé avec l’auxiliaire « aller ».

— Je vais dormir chez toi demain.
… au lieu de…
— Je dormirai chez toi demain.
… qui sonne un peu trop « Les Feux de l’amour », même si c’est plus court.

Je me permets d’ajouter un aspect du dialogue dont nous n’avons pas discuté samedi. Je crois que le fait d’employer les dialogues au lieu de la narration indirecte, lorsque le texte est bien écrit, aide à rendre nos personnages plus attachants. Pourquoi? Essayez donc, pour le plaisir, de faire dire un jeu de mots à votre personnage en passant par la narration indirecte? Bonne chance! L’humour spontané d’un personnage, ses tics, son choix de mot, son émotion du moment, tout cela en dit long sur sa personnalité! Et ça passe majoritairement par le dialogue.

Il suffit de savoir où et quand utiliser le dialogue pour en tirer le maximum de bénéfice. C’est un art qui s’apprend… avec la pratique.

Retour sur Boréal 2008, partie 2 : « Quoi!? Une présentation sur les dialogues ? »

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