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Écrire un premier jet de roman : 9 conseils pour mener votre projet

Écrire un premier jet de roman : 9 conseils pour mener votre projet

Vous savez pourquoi vous écrivez. Vous avez trouvé une thématique et avez entrepris les recherches nécessaires pour mener à bien votre projet. Vos personnages sont décrits dans des fiches appropriées, de même que vos antagonistes. Vous avez réalisé un plan (ou pas). Vous savez quel type de narrateur vous désirez employer.

Il est maintenant temps de commencer l’écriture.

9 conseils en vrac pour l’écriture d’un premier jet

Vous le savez sûrement, il me sera impossible de dévoiler les secrets d’un art aussi subtil que l’écriture romanesque dans un seul billet de blogue. Écrire s’apprend avec la pratique, et même si je vous cassais les oreilles pendant 10 heures avec de la théorie, vous ne retiendriez probablement pas grand-chose.

Je le répète : la seule manière de s’améliorer, c’est en s’assoyant devant son ordinateur et en injectant des mots dans son document.

Faites-le. Régulièrement.

La seule manière de s’améliorer, c’est en s’assoyant devant son ordinateur et en injectant des mots dans son document.Si vous avez besoin de trucs pour être plus assidu à la tâche, je vous conseille encore une fois de lire mon guide Comment écrire plus, qui contient nombre d’astuces qui vous aideront à gagner du temps et à mener votre projet à terme. Vous y apprendrez également quels sont les meilleurs logiciels pour rédiger votre roman (non, Word n’est pas dans la liste).

Sinon, le mieux que je puisse faire, c’est de vous donner 9 conseils en vrac, inspirés d’erreurs et de faiblesses que je vois régulièrement dans les manuscrits que je reçois :

  1. Ayez une première phrase punchée : Bien des lecteurs jugent les histoires par leur première phrase. Arrangez-vous pour qu’elle soit impeccable. Elle devrait également bien porter le thème de votre livre.
  2. Utilisez des paragraphes : Combien de fois ai-je vu des pages contenant un seul bloc de texte sans découpage en paragraphes? Aérez votre texte. Les paragraphes sont des outils dans votre arsenal, utilisez-les.
  3. Formatez correctement vos dialogues : Il existe plusieurs manières de les aborder. Choisissez-en une et gardez cette formule jusqu’à la fin. Pour en savoir plus sur le formatage des dialogues, j’ai un article consacré au sujet.
  4. Donnez des détails : Vous êtes dans le roman, pas dans la nouvelle littéraire. Vous avez de l’espace : utilisez-le. Décrivez l’environnement, les bruits, les odeurs. Faites-nous découvrir la vie intime de votre héros ou de votre héroïne.
  5. Restez cohérent : Si votre personnage avait les yeux bleus à la page 5, il ne doivent pas devenir bruns à la page 67. De la même manière, si un de vos protagonistes était présenté comme un sale égocentrique, il serait anormal qu’il fasse preuve d’une générosité aveugle au milieu de votre histoire sans qu’il ait d’abord vécu une expérience transformatrice.
  6. Présentez une histoire crédible : S’il y a trop de hasards fortuits ou de scènes « arrangées par le gars des vues », on va décrocher.
  7. Ne prenez pas le lecteur pour un con : Vous n’avez pas nécessairement besoin de TOUT révéler à votre lecteur. Il pourra déduire certaines choses par lui-même, si vous mettez les bons indices en place.
  8. Trouvez-vous une routine de travail : Essayez d’écrire chaque jour, même si c’est pour n’insérer qu’une poignée de mots dans votre manuscrit.
  9. Continuez à lire : Même si vous écrivez, n’arrêtez pas de lire. Continuez à enrichir votre culture littéraire personnelle avec les oeuvres d’autrui. C’est la meilleure façon d’évoluer en tant qu’auteur.

Vous désirez améliorer votre routine d'écriture? Lisez Comment écrire plus

8 ouvrages à lire pour vous améliorer

Si vous désirez approfondir vos connaissances sur l’écriture romanesque, je peux vous recommander ces quelques ouvrages qui vous donneront un sérieux coup de pouce :

  • Écriture, mémoires d’un métier, de Stephen King (v.f. de On writing: A Memoir of the Craft) : Si vous n’aviez qu’un seul livre à lire, ce serait celui-là. Moitié biographie, moitié essai sur l’écriture, le King de l’horreur vous partage les secrets de son métier avec une grande sagesse. C’est presque toujours le premier livre que les professionnels recommandent aux aspirants écrivains.
  • Stein on Writing, de Sol Stein : Essai sur l’écriture avec des trucs et des stratégies très concrètes. Sol Stein est un directeur littéraire avec une solide expérience derrière lui. Il sait comment améliorer un roman et vous montrera comment. C’est sans contredit l’un des livres qui m’ont le plus influencé dans mon travail. (Disponible en anglais seulement.)
  • The War of Art, de Steven Pressfield : Autre petit essai coup de poing sur l’écriture. Parle d’un phénomène que Pressfield appelle la Résistance, une petite voix en nous qui nous répète qu’on n’est bon à rien, que notre art, c’est de la merde, qu’on serait mieux de faire autre chose de plus utile à la société. Et il nous montre comment vaincre ce petit démon. (Disponible en anglais seulement.)
  • Nobody Wants to Read Your S**t, de Steven Pressfield : Suite logique du livre The War of Art, où Pressfield partage d’autres secrets du métier, autant sur l’écriture romanesque que sur l’écriture scénaristique. (Disponible en anglais seulement.)
  • 2 000 to 10 000 : Writing Faster, Writing Better, and Writing More of What You Love, de Rachel Aaron : Livre très court où Aaron nous montre les stratégies et tactiques qui lui ont permis d’écrire 10 000 mots par jour. Même si je n’arriverai jamais à atteindre son niveau de productivité — mes poignets seraient en feu —, j’ai adopté sa méthode pour faire des fiches de personnages courtes et efficaces. (Disponible en anglais seulement.)
  • Comment écrire des histoires, d’Élisabeth Vonarburg : Dans ce livre, la Grande Dame de la science-fiction au Québec montre comment ça fonctionne, une histoire. Elle donne de la théorie sur les types de narrateurs, les temps de verbe, les personnages et le reste de la mécanique.
  • Écrire et publier au Québec : les littératures de l’imaginaire, par Geneviève Blouin, Isabelle Lauzon et Carl Rocheleau : Dans ce guide « 360 degrés », vous apprendrez tous les rouages du métier d’écrivain à travers les différentes étapes de travail, de l’idéation jusqu’aux démarches marketing sur les réseaux sociaux, en passant par la signature du contrat d’édition. Ne vous laissez pas berner par le titre : ce livre sera utile à quiconque désirant se faire publier, peu importe sa nationalité ou le genre littéraire qu’il pratique.
  • Présentez votre manuscrit littéraire comme un pro en 5 étapes, par Dominic Bellavance : Je serais bien idiot de ne pas recommander mon propre livre. Lorsque votre roman sera complété à 100 %, il restera une étape essentielle : la soumission aux éditeurs. Ce guide vous enseignera la démarche à suivre et vous montrera comment éviter les pires gaffes commises par les débutants.

De plus, pour commencer cette écriture du bon pied, n’hésitez pas à télécharger mon modèle Word gratuit spécialement conçu pour respecter la mise en forme des manuscrits littéraires.

Quand vous aurez fini votre premier jet (soit la première version de votre roman), vous ne serez pas au bout de vos peines. Ce roman, il faudra le réécrire quelques fois.

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Qu’est-ce qu’une voix d’auteur et comment trouver la sienne?

Qu’est-ce qu’une voix d’auteur et comment trouver la sienne?

Imaginez que vous prenez un livre dans une librairie où l’on a biffé le nom de l’auteur. En observant le titre et en lisant les 50 premières pages, sauriez-vous reconnaître quel écrivain est derrière? Si oui, il y a de bonnes chances pour que cet auteur ait une voix forte et personnelle.

Une voix d’auteur, c’est essentiellement le style d’un écrivain, qui se décortique en plusieurs éléments : son vocabulaire, la longueur de ses phrases, les thématiques qu’il aborde fréquemment, les figures de style qu’il emploie, sa manière d’utiliser les dialogues, les titres qu’il choisit pour ses oeuvres (pensez à Réjean Ducharme), la longueur totale de ses ouvrages, et j’en passe.

La voix de Stephen King fait en sorte qu’il « est » Stephen King.

Si vous avez encore du mal à comprendre ce qu’est une voix d’auteur, faites des comparaisons avec les autres arts. Comment fait-on pour différencier un Picasso d’un Van Gogh? La réponse : par le choix de couleurs, l’épaisseur de la peinture appliquée, les modèles représentés, la taille des canevas, etc. On sait qu’un Picasso est un Picasso. Cet artiste a un coup de pinceau bien à lui. Même chose pour Van Gogh.

Dans l’écriture, c’est pareil. Tel auteur aura un style cru avec des mots recherchés et explorera souvent la thématique de la religion chez les gens pauvres. Un autre écrivain fera plutôt de la science-fiction très poussée sur le plan technologique, mais dont les personnages seront toujours des junkies; côté style, il sera un maître des comparaisons imagées.

Si vous avez encore du mal à comprendre ce qu’est une voix d’auteur, faites des comparaisons avec les autres arts.Dans un cas comme dans l’autre, ces auteurs pourront évoluer et modifier leurs sujets de prédilection au fil des années, de même que leur manière d’écrire. Cependant, ils auront développé une voix forte qu’on pourra reconnaître (et apprécier) à travers leurs oeuvres tout au long de leur carrière.

Trouver sa propre voix d’auteur

Tôt ou tard, vous devrez trouver ce qui vous distingue des autres écrivains qui vous entourent. Parce que si vous faites la même chose que tout le monde, pourquoi vous lancer dans l’écriture? Si vous voulez qu’on vous porte le moindre intérêt, il faudra créer quelque chose qui se détachera du reste.

Par contre, ce n’est pas nécessairement aujourd’hui que vous devrez trouver votre voix. Vous débutez. À cette étape, c’est beaucoup plus important de vous arranger pour respecter les bases, c’est-à-dire créer une oeuvre cohérente qui a un commencement, un milieu et une fin, et qui soit correctement écrite.

Plus tard, vous atteindrez l’étape supérieure et apprendrez à mieux maîtriser l’intrigue, les dialogues, la profondeur des personnages. Quand tout le reste sera fait, vous aurez peut-être déjà découvert votre voix d’auteur.

C’est ça, le problème. On pourrait passer des journées à y réfléchir que ça ne nous apporterait aucune réponse. Notre voix, on la trouve souvent à travers l’expérimentation, de la même manière que Picasso a trouvé sa véritable voix au courant de sa carrière. Saviez-vous qu’au tout début, il peignait des scènes réalistes?

Ci-dessous, des autoportraits du peintre, achevés alors qu’il avait respectivement 15 ans, 25 ans et 89 ans :

Pablo Picasso à travers différentes étapes de sa vie

En voyant ça, dites-vous que votre écriture dans 10 ans ne ressemblera probablement pas du tout à celle d’aujourd’hui. Mais on ne peut pas accélérer le processus. La seule façon de s’améliorer et de se rapprocher de sa véritable voix, c’est en mettant la main à la pâte.

C’est pourquoi je vous suggère fortement de commencer à écrire votre projet le plus rapidement possible, une fois que les étapes préparatoires sont complétées.

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Comment éviter les erreurs de point de vue dans un roman

Comment éviter les erreurs de point de vue dans un roman

Je viens juste de parler des différents types de narrateurs. Pourquoi, alors, revenir sur les points de vue si je viens d’aborder le sujet?

Simplement parce que c’est une erreur qui revient pratiquement toujours dans les manuscrits qu’on m’envoie.

Un auteur présente un récit à la troisième personne alignée sur un seul personnage (par exemple, on suit Jeanne, une policière, et on livre l’histoire par le biais de son point de vue uniquement, en racontant au « Il »). Et puis, soudainement à la page 26, l’auteur écrit quelque chose comme ça :

Jeanne s’assoit à son bureau. Elle ouvre son ordinateur et commence à rédiger son rapport d’enquête.

Cinq minutes plus tard, son collègue Sébastien vient la rejoindre. Ce pauvre Sébastien est très fatigué ce matin, il vient de se souvenir qu’il a oublié de prendre son café et se dit qu’il devrait aller se faire couler une tasse avant de questionner Jeanne à propos de l’assassinat.

Vous voyez l’erreur?

Dans l’exemple ci-dessous, on ne devrait pas afficher les pensées de Sébastien. J’avais spécifié qu’on utilisait une narration alignée sur Jeanne, et donc que l’histoire devait nous être livrée par la lentille de ce personnage uniquement. Il y a eu transgression.

Une version correcte ressemblerait à ceci :

Jeanne s’assoit à son bureau. Elle ouvre son ordinateur et commence à rédiger son rapport d’enquête.

Cinq minutes plus tard, son collègue Sébastien vient la rejoindre. Ce pauvre Sébastien a les traits tirés ce matin; il tergiverse à l’entrée du cubicule, l’air d’hésiter à poser les pieds à l’intérieur.

C’est une erreur qui revient pratiquement toujours dans les manuscrits qu’on m’envoie.

— Ça va? demande Jeanne.

— Oui, oui… Je voulais te parler de l’assassinat, mais j’ai oublié de prendre mon café. Tu me donnes deux minutes?

Dans cette version, tout passe par le spectre du regard de Jeanne. On n’est jamais vraiment dans la tête de Sébastien, mais on « perçoit » son hésitation en même temps que l’héroïne.

J’insiste sur ce point. Quand vous choisissez un type de narration pour votre roman, vous devrez y rester fidèle jusqu’à la fin. (Bien sûr, vous pouvez faire en sorte que chacun des chapitres soit aligné sur un personnage différent, un peu comme dans A Game of Thrones; dans ce cas-ci, la cohérence demeure : dans les chapitres sur Jon Snow, on ignore ce que Ned Stark pense, et vice versa…)

Si vous désirez en apprendre davantage sur la narration et les points de vue, je vous invite à lire le guide Comment écrire des histoires d’Élisabeth Vonarburg. N’hésitez jamais à vous procurer ce genre d’ouvrage et à réaliser les exercices que l’on trouve à l’intérieur.

Maintenant que vous connaissez la base sur la narration et le point de vue, nous pouvons parler un peu de ce qu’est une voix d’auteur.

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Les 3 principaux types de narrateurs dans le roman

Les 3 principaux types de narrateurs dans le roman

Choisir son narrateur, c’est essentiellement choisir la manière de raconter son histoire.

Dans un roman narré à la première personne, on lirait : « Ce soir-là, je marchais dans la rue quand un bruit sourd a retenti. » À la troisième personne, ce serait plutôt : « Ce soir-là, Gustave marchait dans la rue quand un bruit sourd a retenti ».

Songez à ce que vous désirez raconter, et surtout, comment vous voulez le raconter.Même si ces deux extraits ont l’air assez similaires, le choix de la narration aura une grande influence dans la façon de livrer l’intégralité de votre récit à votre lecteur.

Dans la littérature, on retrouve le plus souvent trois types de narrateurs :

  • la narration à la première personne;
  • la narration à la troisième personne alignée sur un seul personnage; et
  • la narration omnisciente.

(Il en existe d’autres, mais dans cette série d’articles qui se veut vulgarisatrice, nous examinerons uniquement ces trois-là.)

Voyons à quoi ressemble chacun d’eux.

La narration à la première personne

Nom scientifique : narration homodiégétique.

Avec cette narration, c’est le héros qui raconte sa propre histoire. Il narre le récit au « je » et intériorise la plupart des évènements qui se déroulent autour de lui. Le texte sera souvent teinté du point de vue particulier et du langage de celui qui raconte. On lirait : « Je n’avais pas envie de voir cette grosse tête de pioche » plutôt que : « Jean ne voulait pas voir cet imbécile », par exemple (même s’il n’est pas nécessairement exclu qu’on puisse mettre une couleur similaire dans une narration à la troisième personne; seulement, c’est plus fréquent à la première).

Les opinions diffèrent énormément quant à savoir si un roman demande ce type de narration. Pour ma part, je choisis la première personne quand j’ai envie de livrer un récit intime, qui sera vécu très intensément par mon protagoniste.

Si vous optez pour cette narration, n’oubliez pas que vous vous retrouverez dans la tête d’un seul et unique personnage, et qu’il sera limité par ses sens pour décrire ce qui se passe autour de lui. Il ne pourra pas savoir, par exemple, ce que les autres pensent (mais pourra tenter de le déduire). On en discutera un peu plus dans l’article suivant qui porte sur le point de vue.

La narration à la troisième personne alignée sur un seul personnage

Nom scientifique : narration hétérodiégétique à focalisation interne.

Ici, le récit sera raconté à la troisième personne (« Frédéric marcha » plutôt que « Je marchai ») MAIS, de façon similaire à la narration à la première personne, on ne pourra entrer que dans la tête du héros — et de personne d’autre.

Ainsi, on va toujours raconter l’histoire à travers le spectre des sens d’un seul personnage, tout en utilisant un narrateur extérieur au récit.

Donc, on pourrait écrire : « Frédéric marcha vers sa maison qu’il aimait tant; sa mère le regardait par la fenêtre en affichant un air colérique », mais à l’inverse, on ne pourrait pas écrire : « Frédéric marcha vers sa maison que ses parents avaient repeinturée pendant son absence, sans l’avertir. Sa mère était fâchée qu’il n’ait pas participé aux travaux; elle l’attendait, le regard collé à la fenêtre. »

À l’intérieur du deuxième exemple, on révèle des informations que Frédéric ignore. Dans une narration à la troisième personne alignée sur un seul personnage, c’est interdit.

Ce type de narration est très courant. Bien des mentors suggèrent aux débutants d’employer celle-ci avec leurs premières oeuvres. Je ne fais pas exception.

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La narration omnisciente

Nom scientifique : narration hétérodiégétique à focalisation zéro.

Dans ce type de narration, on raconte le récit à la troisième personne (« Il » au lieu de « Je »), mais le narrateur peut se permettre d’entrer dans la tête de n’importe qui, n’importe quand. On n’a donc pas les mêmes limites sensorielles.

Cette narration a l’air facile à employer, mais détrompez-vous : c’est très compliqué de livrer un récit efficacement avec un narrateur omniscient. Je déconseille aux débutants de s’y frotter. Les aspirants auteurs qui ne maîtrisent pas les codes du roman vont souvent, à l’intérieur d’une même scène, bondir d’un personnage à l’autre pour montrer les pensées de tout le monde en s’imaginant que leur histoire sera plus claire ainsi.

En réalité, c’est plutôt l’effet inverse qui se produit : en entrant dans la tête de tout le monde, on finit par avoir le tournis. Et ça tue l’intrigue. (Où est le mystère quand les pensées intimes de 100 % des personnages sont dévoilées?)

Les grands maîtres qui emploient ce type de narration utilisent les changements de point de vue avec parcimonie et vont insérer les transitions appropriées lorsque nécessaires (ils ne vont pas bondir trois fois de point de vue dans un même paragraphe comme le font les débutants, par exemple).

Quel type de narration choisirez-vous?

Pour votre roman, vous devrez sélectionner l’une de ces approches narratives (ou une autre que je n’ai pas décrite ici, si vous en connaissez une). Songez à ce que vous désirez raconter, et surtout, comment vous voulez le raconter.

Encore une fois, n’hésitez pas à multiplier vos lectures pour voir comment les autres écrivains exploitent les narrateurs!

Quand votre choix sera fait, j’aurais un petit mot à ajouter concernant le point de vue au sein d’une histoire.

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Doit-on faire un plan avant d’écrire un roman?

Doit-on faire un plan avant d’écrire un roman?

Ce sont loin d’être tous les romans qui demandent un plan ni tous les écrivains qui aiment cette approche.

En fait, vous êtes-vous déjà posé la question? Avez-vous besoin de ça, un plan?

Ma propre opinion à ce sujet n’est pas tranchée. Je me considère comme un hybride. Quelques-uns de mes projets ont été aussi prémédités qu’un cambriolage à la Ocean’s Eleven. Je pense entre autres à mes deux romans de science-fiction, soit Les limbes des immortels et La patience des immortels.

Le premier des deux livres avait une structure narrative inhabituelle — incluant des voyages dans le temps — qui demandait une précision chirurgicale dans les préparatifs. Le deuxième se construisait autour d’un punch final dont l’impact devait être maximal. Planifier méticuleusement ces romans m’a évité plusieurs crises de panique durant la phase d’écriture.

Si vous prévoyez d’écrire un roman avec de nombreux fils d’intrigue, je vous recommande de travailler avec un plan. Ça réduira le risque d’erreur.Mes livres dans la série Le silence des sept nuits ont eux aussi été planifiés dès le début, avec plus de souplesse. Je voulais produire des page turners : mes plans m’ont aidé à maintenir un rythme fidèle à ce style et à orchestrer mes chutes. J’ai modifié ces plans à mi-chemin, au gré des idées qui me passaient par la tête. Ça n’a eu aucune conséquence fâcheuse.

À l’inverse, certains de mes romans ont été improvisés du début à la fin, c’est-à-dire que j’ai commencé à écrire avec une idée de base, et puis je me suis lancé, sans filet, dans le premier jet. Ça a notamment été le cas pour Toi et moi, it’s complicated, Roman-réalité et Bienvenue à Spamville. Je voulais découvrir ces livres à mesure que je les écrivais, sans me conformer à un plan castrateur.

Donc, doit-on faire un plan? Il n’y a malheureusement pas de réponses claires à cette question. Doit-on se demander si on doit faire un plan? Ça, oui, absolument.

Il existe mille millions de façons de faire un plan

Cet article ne vous montrera pas comment faire un plan détaillé pour un roman. Les approches sont trop variées. Je veux surtout vous inviter à réfléchir à ce sujet. Devez-vous prévoir ce qui se déroulera dans votre histoire avant d’entreprendre l’écriture? Plusieurs des auteurs ne jurent que par les plans, alors que d’autres prétendent qu’ils tuent la créativité et qu’écrire en sachant le chemin à l’avance rend insensé tout travail artistique. Vision extrême, s’il en est une.

D’abord, qu’est-ce qu’un plan? Je dirais assez simplement que c’est la structure de l’histoire que vous allez écrire — ses grandes lignes directrices —, rédigée de façon plus ou moins précise.

(« Plus ou moins précise »… ça pourrait aussi s’appliquer à ce que je viens de vous dire.)

Le plan contient essentiellement un résumé de votre histoire décortiqué en chapitres et en unités narratives. Il sert à tracer un itinéraire : après avoir terminé le premier chapitre, vous n’aurez pas besoin de vous demander ce qui se passera dans le deuxième. Vous le saurez, et vous pourrez continuer le travail sans devoir vous arrêter.

Avantages et inconvénients des plans

Comme dans bien des choses, on peut peser le pour et le contre dans l’idée de prévoir son histoire à l’avance. Travailler avec un plan amène beaucoup d’avantages :

  • Un plan accélère drastiquement le processus d’écriture : Travailler avec un plan permet d’économiser du temps. Beaucoup de temps. En ayant une structure solide entre les mains, vous risquez moins d’errer durant le premier jet.
  • Il facilite l’écriture de romans complexes : Si vous prévoyez d’écrire un roman avec de nombreux fils d’intrigue, je vous recommande de travailler avec un plan. Ça réduira le risque d’erreur.
  • Il simplifie le travail de réécriture : Quand les scènes d’une histoire sont préméditées, on a généralement moins besoin de revenir en arrière, durant la réécriture, pour ajuster la cohérence entre le commencement d’un livre et sa conclusion. Dès le départ, l’auteur a les chapitres finaux à l’œil.
  • Il motive : Si vous écrivez avec un plan, vous saurez exactement quand votre roman finira. Vous serez donc capable de mesurer votre progression jour après jour.
  • Il vous permettra d’écrire dans le désordre : Quand un éclair de génie vous traversera pour une scène prévue au chapitre 25, alors que vous serez en train d’écrire le 5e, pas de problème : vous pourrez bondir dans le temps et ajouter ce passage immédiatement.

Vous désirez améliorer votre routine d'écriture? Lisez Comment écrire plus

Comme n’importe quoi, un plan ne vient pas qu’avec des clowns et des ballons. Cet outil s’accompagne d’inconvénients qu’il vaut mieux ne pas ignorer :

  • Un plan fige la structure des récits : Bon, pas « totalement », mais un peu. Si, durant un premier jet, une nouvelle idée vous obligeait à reconsidérer votre itinéraire en entier, vous vous retrouveriez devant un dilemme. Vous pourriez ignorer cette idée (l’option paresseuse) ou l’intégrer. Sans plan, on ne se pose jamais la question.
  • Il s’imposera devant votre folie créative : Si vous choisissez d’avancer au gré du vent, vos personnages feront absolument tout ce qu’ils veulent, tout le temps. Avec un plan, ils seront libres, certes, mais ils devront toujours agir dans un cadre préétabli. Ça ne donnera pas les mêmes résultats.

Aucun de ces inconvénients n’est insurmontable. Si vous deviez vous écarter de votre plan initial, prévoyez simplement du temps pour vous ajuster. Rien de sorcier. Parfois, ça demandera quelques heures de travail. D’autres fois, ça fera carrément exploser votre plan d’origine et tout devra être recommencé. Mais, eh. Ça fait partie des tâches de l’écrivain.

Des exemples de plans

Dans mon guide Comment écrire plus, sous le titre Truc 16 : Faire un plan, je vous montre comment je fais mes propres plans dans le logiciel Scrivener. N’hésitez pas à vous inspirer de ces exemples pour vos projets!

Quand vous aurez décidé si votre projet demande ou pas un plan, il vous faudra ensuite vous questionner sur le type de narrateur que vous souhaitez utiliser.

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Comment créer des « méchants » réalistes dans votre roman

Comment créer des « méchants » réalistes dans votre roman

On vient de parler des personnages en général, mais discutons maintenant des antagonistes. Des dark lords. Des méchants.

Je me permets d’insister sur ce point, car s’il m’arrive souvent de croiser des personnages en carton dans les manuscrits que je reçois (« personnage en carton » veut dire un protagoniste sans aucune profondeur qui n’est là que pour exercer une fonction), pour les méchants, là, c’est pire.

Remarquez, un roman n’a pas forcément besoin d’avoir des « méchants » proprement dits. Le héros devra surmonter des difficultés tout au long du récit, mais ces problèmes peuvent provenir de sources variées : climat politique d’un pays étranger, météo capricieuse, obstacles physiques comme une falaise infranchissable, etc.

Personnellement, je trouve que les « méchants » les plus intéressants sont ceux qui rayonnent par moments.Souvent, par contre, ce sont de bons vieux « méchants » qui vont mettre des bâtons dans les roues.

Vous savez quoi?

Les personnages méchants doivent obéir aux mêmes règles de la logique que les gentils. Un dicton dit : « Nous sommes tous le héros de notre propre histoire », signifiant que mes ceux qu’on perçoit comme de pures crapules agissent de la meilleure façon possible — à leurs yeux, du moins.

Georges Lucas disait que Darth Vador ne voulait, au fond, que rétablir l’ordre dans la galaxie (et, spoiler alert, il y parvient). Dans sa propre vision des choses, détruire la planète Alderaan n’était qu’un moyen pour obtenir la paix à grande échelle.

Vos méchants doivent agir selon une logique cohérente avec leur vision du monde.

Encore une fois, revenons-en à la trame de fond

Quand vous déterminez qu’un personnage jouera un rôle de méchant, demandez-vous immédiatement pourquoi il a choisi de porter ce chapeau. Il faut que, d’une façon ou d’une autre, ce personnage soit capable d’intellectualiser son comportement pour en arriver à la conclusion qu’il prend les bonnes décisions. (À moins d’avoir un personnage purement irréfléchi, mais alors, ça revient au même : quelqu’un peut croire mordicus que, dans la vie, mieux vaut agir en suivant ses instincts.)

Votre devoir sera de trouver comment ce personnage en est arrivé à penser ainsi, à avoir cette vision du monde. Est-ce qu’il a eu une enfance difficile? A-t-il vécu un évènement particulier où ses actes (apparemment maléfiques) ont sauvé des milliers de vies?

Bien sûr, vous pouvez mettre en scène de bons vieux psychopathes qui n’ont aucun sens moral et sèment la destruction partout sur leur passage… Ces gens existent, il ne faut pas les ignorer : mais encore une fois, les psychopathes ont souvent des parcours tumultueux qui les ont menés à leur état actuel. Ce sont des cas psychologiques très complexes à ne pas prendre à la légère.

Prenez la peine d’y réfléchir. Les agissements de votre antagoniste ont besoin de cohérence.

Exploiter les zones grises

Personnellement, je trouve que les « méchants » les plus intéressants sont ceux qui rayonnent par moments. Personne n’est qu’une crapule à 100 % ou qu’un justicier à 100 %. Nous avons tous nos zones d’ombre et de lumière.

Le connard de votre histoire pourrait agir en héros une fois de temps en temps. Même s’il exerce un rôle de crapule la plupart du temps, on pourrait découvrir son humanité dans une scène où il protège les membres de sa famille, par exemple. Ces quelques moments contribueraient à le rendre crédible.

Les antagonistes qui ne fonctionnent pas, ce sont ceux qui sont « méchants » juste pour être « méchants ». Je crois vraiment que personne n’est comme ça (sauf dans les romans des débutants).

Vous désirez améliorer votre routine d'écriture? Lisez Comment écrire plus

Créer des méchants avec des « scénarios contraires »

Le livre Stein on Writing contient bon nombre d’excellents trucs pour approfondir la psychologie des personnages, antagonistes inclus. J’ai bien aimé l’un des exemples cités par l’auteur dans ce livre.

Stein a expliqué que, dans l’une de ses classes d’écriture créative, il a demandé à deux étudiants de mimer une scène devant la classe. Chacun d’eux avait reçu des directives distinctes. La première étudiante s’est fait dire secrètement : « Tu es la mère d’un élève modèle et respectueux, qui a des notes parfaites dans toutes ses matières ». Pour le deuxième, c’était : « Tu es un directeur d’école qui convoque une mère de famille parce que son fils est un réel cancre qui sera bientôt expulsé de l’établissement. »

Vous l’avez deviné : la scène a généré beaucoup d’étincelles.

Maintenant, qui a joué le rôle du méchant, là-dedans? Le directeur d’école, qui désirait éliminer un élève turbulent? Ou la mère, qui croyait que son fils subissait une grande injustice?

Peu importe. À la base, les étincelles ont été créées parce que les consignes différaient pour chaque personnage.

C’est pareil dans le roman. Les méchants sont créés précisément quand les personnages reçoivent des scénarios qui se contredisent.

Le livre de Sol Stein, c’est de la bombe. Je l’ai lu plusieurs fois et je le relirais encore, si seulement je ne l’avais pas égaré…

Bon. À ce stade-ci, vos personnages (les gentils comme les méchants) devraient être prêts à intégrer votre histoire. Il serait donc temps de vous demander si vous devez faire un plan.

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