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Les 3 principaux types de narrateurs dans le roman

Les 3 principaux types de narrateurs dans le roman

Choisir son narrateur, c’est essentiellement choisir la manière de raconter son histoire.

Dans un roman narré à la première personne, on lirait : « Ce soir-là, je marchais dans la rue quand un bruit sourd a retenti. » À la troisième personne, ce serait plutôt : « Ce soir-là, Gustave marchait dans la rue quand un bruit sourd a retenti ».

Même si ces deux extraits ont l’air assez similaires, le choix de la narration aura une grande influence dans la façon de livrer l’intégralité de votre récit à votre lecteur.

Dans la littérature, on retrouve le plus souvent trois types de narrateurs :

  • la narration à la première personne;
  • la narration à la troisième personne alignée sur un seul personnage; et
  • la narration omnisciente.

(Il en existe d’autres, mais dans cette série d’articles qui se veut vulgarisatrice, nous examinerons uniquement ces trois-là.)

Voyons à quoi ressemble chacun d’eux.

La narration à la première personne

Nom scientifique : narration homodiégétique.

Avec cette narration, c’est le héros qui raconte sa propre histoire. Il narre le récit au « je » et intériorise la plupart des évènements qui se déroulent autour de lui. Le texte sera souvent teinté du point de vue particulier et du langage de celui qui raconte. On lirait : « Je n’avais pas envie de voir cette grosse tête de pioche » plutôt que : « Jean ne voulait pas voir cet imbécile », par exemple (même s’il n’est pas nécessairement exclu qu’on puisse mettre une couleur similaire dans une narration à la troisième personne; seulement, c’est plus fréquent à la première).

Songez à ce que vous désirez raconter, et surtout, comment vous voulez le raconter.Les opinions diffèrent énormément quant à savoir si un roman demande ce type de narration. Pour ma part, je choisis la première personne quand j’ai envie de livrer un récit intime, qui sera vécu très intensément par mon protagoniste.

Si vous optez pour cette narration, n’oubliez pas que vous vous retrouverez dans la tête d’un seul et unique personnage, et qu’il sera limité par ses sens pour décrire ce qui se passe autour de lui. Il ne pourra pas savoir, par exemple, ce que les autres pensent (mais pourra tenter de le déduire). On en discutera un peu plus dans l’article suivant qui porte sur le point de vue.

La narration à la troisième personne alignée sur un seul personnage

Nom scientifique : narration hétérodiégétique à focalisation interne.

Ici, le récit sera raconté à la troisième personne (« Frédéric marcha » plutôt que « Je marchai ») MAIS, de façon similaire à la narration à la première personne, on ne pourra entrer que dans la tête du héros — et de personne d’autre.

Ainsi, on va toujours raconter l’histoire à travers le spectre des sens d’un seul personnage, tout en utilisant un narrateur extérieur au récit.

Donc, on pourrait écrire : « Frédéric marcha vers sa maison qu’il aimait tant; sa mère le regardait par la fenêtre en affichant un air colérique », mais à l’inverse, on ne pourrait pas écrire : « Frédéric marcha vers sa maison que ses parents avaient repeinturée pendant son absence, sans l’avertir. Sa mère était fâchée qu’il n’ait pas participé aux travaux; elle l’attendait, le regard collé à la fenêtre. »

À l’intérieur du deuxième exemple, on révèle des informations que Frédéric ignore. Dans une narration à la troisième personne alignée sur un seul personnage, c’est interdit.

Ce type de narration est très courant. Bien des mentors suggèrent aux débutants d’employer celle-ci avec leurs premières oeuvres. Je ne fais pas exception.

La narration omnisciente

Nom scientifique : narration hétérodiégétique à focalisation zéro.

Dans ce type de narration, on raconte le récit à la troisième personne (« Il » au lieu de « Je »), mais le narrateur peut se permettre d’entrer dans la tête de n’importe qui, n’importe quand. On n’a donc pas les mêmes limites sensorielles.

Cette narration a l’air facile à employer, mais détrompez-vous : c’est très compliqué de livrer un récit efficacement avec un narrateur omniscient. Je déconseille aux débutants de s’y frotter. Les aspirants auteurs qui ne maîtrisent pas les codes du roman vont souvent, à l’intérieur d’une même scène, bondir d’un personnage à l’autre pour montrer les pensées de tout le monde en s’imaginant que leur histoire sera plus claire ainsi.

En réalité, c’est plutôt l’effet inverse qui se produit : en entrant dans la tête de tout le monde, on finit par avoir le tournis. Et ça tue l’intrigue. (Où est le mystère quand les pensées intimes de 100 % des personnages sont dévoilées?)

Les grands maîtres qui emploient ce type de narration utilisent les changements de point de vue avec parcimonie et vont insérer les transitions appropriées lorsque nécessaires (ils ne vont pas bondir trois fois de point de vue dans un même paragraphe comme le font les débutants, par exemple).

Quel type de narration choisirez-vous?

Pour votre roman, vous devrez sélectionner l’une de ces approches narratives (ou une autre que je n’ai pas décrite ici, si vous en connaissez une). Songez à ce que vous désirez raconter, et surtout, comment vous voulez le raconter.

Encore une fois, n’hésitez pas à multiplier vos lectures pour voir comment les autres écrivains exploitent les narrateurs!

Quand votre choix sera fait, j’aurais un petit mot à ajouter concernant le point de vue au sein d’une histoire.

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Doit-on faire un plan avant d’écrire un roman?

Doit-on faire un plan avant d’écrire un roman?

Ce sont loin d’être tous les romans qui demandent un plan ni tous les écrivains qui aiment cette approche.

En fait, vous êtes-vous déjà posé la question? Avez-vous besoin de ça, un plan?

Ma propre opinion à ce sujet n’est pas tranchée. Je me considère comme un hybride. Quelques-uns de mes projets ont été aussi prémédités qu’un cambriolage à la Ocean’s Eleven. Je pense entre autres à mes deux romans de science-fiction, soit Les limbes des immortels et La patience des immortels.

Le premier des deux livres avait une structure narrative inhabituelle — incluant des voyages dans le temps — qui demandait une précision chirurgicale dans les préparatifs. Le deuxième se construisait autour d’un punch final dont l’impact devait être maximal. Planifier méticuleusement ces romans m’a évité plusieurs crises de panique durant la phase d’écriture.

Mes livres dans la série Le silence des sept nuits ont eux aussi été planifiés dès le début, avec plus de souplesse. Je voulais produire des page turners : mes plans m’ont aidé à maintenir un rythme fidèle à ce style et à orchestrer mes chutes. J’ai modifié ces plans à mi-chemin, au gré des idées qui me passaient par la tête. Ça n’a eu aucune conséquence fâcheuse.

À l’inverse, certains de mes romans ont été improvisés du début à la fin, c’est-à-dire que j’ai commencé à écrire avec une idée de base, et puis je me suis lancé, sans filet, dans le premier jet. Ça a notamment été le cas pour Toi et moi, it’s complicated, Roman-réalité et Bienvenue à Spamville. Je voulais découvrir ces livres à mesure que je les écrivais, sans me conformer à un plan castrateur.

Si vous prévoyez d’écrire un roman avec de nombreux fils d’intrigue, je vous recommande de travailler avec un plan. Ça réduira le risque d’erreur.Donc, doit-on faire un plan? Il n’y a malheureusement pas de réponses claires à cette question. Doit-on se demander si on doit faire un plan? Ça, oui, absolument.

Il existe mille millions de façons de faire un plan

Cet article ne vous montrera pas comment faire un plan détaillé pour un roman. Les approches sont trop variées. Je veux surtout vous inviter à réfléchir à ce sujet. Devez-vous prévoir ce qui se déroulera dans votre histoire avant d’entreprendre l’écriture? Plusieurs des auteurs ne jurent que par les plans, alors que d’autres prétendent qu’ils tuent la créativité et qu’écrire en sachant le chemin à l’avance rend insensé tout travail artistique. Vision extrême, s’il en est une.

D’abord, qu’est-ce qu’un plan? Je dirais assez simplement que c’est la structure de l’histoire que vous allez écrire — ses grandes lignes directrices —, rédigée de façon plus ou moins précise.

(« Plus ou moins précise »… ça pourrait aussi s’appliquer à ce que je viens de vous dire.)

Le plan contient essentiellement un résumé de votre histoire décortiqué en chapitres et en unités narratives. Il sert à tracer un itinéraire : après avoir terminé le premier chapitre, vous n’aurez pas besoin de vous demander ce qui se passera dans le deuxième. Vous le saurez, et vous pourrez continuer le travail sans devoir vous arrêter.

Avantages et inconvénients des plans

Comme dans bien des choses, on peut peser le pour et le contre dans l’idée de prévoir son histoire à l’avance. Travailler avec un plan amène beaucoup d’avantages :

  • Un plan accélère drastiquement le processus d’écriture : Travailler avec un plan permet d’économiser du temps. Beaucoup de temps. En ayant une structure solide entre les mains, vous risquez moins d’errer durant le premier jet.
  • Il facilite l’écriture de romans complexes : Si vous prévoyez d’écrire un roman avec de nombreux fils d’intrigue, je vous recommande de travailler avec un plan. Ça réduira le risque d’erreur.
  • Il simplifie le travail de réécriture : Quand les scènes d’une histoire sont préméditées, on a généralement moins besoin de revenir en arrière, durant la réécriture, pour ajuster la cohérence entre le commencement d’un livre et sa conclusion. Dès le départ, l’auteur a les chapitres finaux à l’œil.
  • Il motive : Si vous écrivez avec un plan, vous saurez exactement quand votre roman finira. Vous serez donc capable de mesurer votre progression jour après jour.
  • Il vous permettra d’écrire dans le désordre : Quand un éclair de génie vous traversera pour une scène prévue au chapitre 25, alors que vous serez en train d’écrire le 5e, pas de problème : vous pourrez bondir dans le temps et ajouter ce passage immédiatement.

Comme n’importe quoi, un plan ne vient pas qu’avec des clowns et des ballons. Cet outil s’accompagne d’inconvénients qu’il vaut mieux ne pas ignorer :

  • Un plan fige la structure des récits : Bon, pas « totalement », mais un peu. Si, durant un premier jet, une nouvelle idée vous obligeait à reconsidérer votre itinéraire en entier, vous vous retrouveriez devant un dilemme. Vous pourriez ignorer cette idée (l’option paresseuse) ou l’intégrer. Sans plan, on ne se pose jamais la question.
  • Il s’imposera devant votre folie créative : Si vous choisissez d’avancer au gré du vent, vos personnages feront absolument tout ce qu’ils veulent, tout le temps. Avec un plan, ils seront libres, certes, mais ils devront toujours agir dans un cadre préétabli. Ça ne donnera pas les mêmes résultats.

Aucun de ces inconvénients n’est insurmontable. Si vous deviez vous écarter de votre plan initial, prévoyez simplement du temps pour vous ajuster. Rien de sorcier. Parfois, ça demandera quelques heures de travail. D’autres fois, ça fera carrément exploser votre plan d’origine et tout devra être recommencé. Mais, eh. Ça fait partie des tâches de l’écrivain.

Des exemples de plans

Dans mon guide Comment écrire plus, sous le titre Truc 16 : Faire un plan, je vous montre comment je fais mes propres plans dans le logiciel Scrivener. N’hésitez pas à vous inspirer de ces exemples pour vos projets!

Quand vous aurez décidé si votre projet demande ou pas un plan, il vous faudra ensuite vous questionner sur le type de narrateur que vous souhaitez utiliser.

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Comment créer des « méchants » réalistes dans votre roman

Comment créer des « méchants » réalistes dans votre roman

On vient de parler des personnages en général, mais discutons maintenant des antagonistes. Des dark lords. Des méchants.

Je me permets d’insister sur ce point, car s’il m’arrive souvent de croiser des personnages en carton dans les manuscrits que je reçois (« personnage en carton » veut dire un protagoniste sans aucune profondeur qui n’est là que pour exercer une fonction), pour les méchants, là, c’est pire.

Remarquez, un roman n’a pas forcément besoin d’avoir des « méchants » proprement dits. Le héros devra surmonter des difficultés tout au long du récit, mais ces problèmes peuvent provenir de sources variées : climat politique d’un pays étranger, météo capricieuse, obstacles physiques comme une falaise infranchissable, etc.

Souvent, par contre, ce sont de bons vieux « méchants » qui vont mettre des bâtons dans les roues.

Vous savez quoi?

Les personnages méchants doivent obéir aux mêmes règles de la logique que les gentils. Un dicton dit : « Nous sommes tous le héros de notre propre histoire », signifiant que mes ceux qu’on perçoit comme de pures crapules agissent de la meilleure façon possible — à leurs yeux, du moins.

Georges Lucas disait que Darth Vador ne voulait, au fond, que rétablir l’ordre dans la galaxie (et, spoiler alert, il y parvient). Dans sa propre vision des choses, détruire la planète Alderaan n’était qu’un moyen pour obtenir la paix à grande échelle.

Vos méchants doivent agir selon une logique cohérente avec leur vision du monde.

Encore une fois, revenons-en à la trame de fond

Quand vous déterminez qu’un personnage jouera un rôle de méchant, demandez-vous immédiatement pourquoi il a choisi de porter ce chapeau. Il faut que, d’une façon ou d’une autre, ce personnage soit capable d’intellectualiser son comportement pour en arriver à la conclusion qu’il prend les bonnes décisions. (À moins d’avoir un personnage purement irréfléchi, mais alors, ça revient au même : quelqu’un peut croire mordicus que, dans la vie, mieux vaut agir en suivant ses instincts.)

Votre devoir sera de trouver comment ce personnage en est arrivé à penser ainsi, à avoir cette vision du monde. Est-ce qu’il a eu une enfance difficile? A-t-il vécu un évènement particulier où ses actes (apparemment maléfiques) ont sauvé des milliers de vies?

Personnellement, je trouve que les « méchants » les plus intéressants sont ceux qui rayonnent par moments.Bien sûr, vous pouvez mettre en scène de bons vieux psychopathes qui n’ont aucun sens moral et sèment la destruction partout sur leur passage… Ces gens existent, il ne faut pas les ignorer : mais encore une fois, les psychopathes ont souvent des parcours tumultueux qui les ont menés à leur état actuel. Ce sont des cas psychologiques très complexes à ne pas prendre à la légère.

Prenez la peine d’y réfléchir. Les agissements de votre antagoniste ont besoin de cohérence.

Exploiter les zones grises

Personnellement, je trouve que les « méchants » les plus intéressants sont ceux qui rayonnent par moments. Personne n’est qu’une crapule à 100 % ou qu’un justicier à 100 %. Nous avons tous nos zones d’ombre et de lumière.

Le connard de votre histoire pourrait agir en héros une fois de temps en temps. Même s’il exerce un rôle de crapule la plupart du temps, on pourrait découvrir son humanité dans une scène où il protège les membres de sa famille, par exemple. Ces quelques moments contribueraient à le rendre crédible.

Les antagonistes qui ne fonctionnent pas, ce sont ceux qui sont « méchants » juste pour être « méchants ». Je crois vraiment que personne n’est comme ça (sauf dans les romans des débutants).

Créer des méchants avec des « scénarios contraires »

Le livre Stein on Writing contient bon nombre d’excellents trucs pour approfondir la psychologie des personnages, antagonistes inclus. J’ai bien aimé l’un des exemples cités par l’auteur dans ce livre.

Stein a expliqué que, dans l’une de ses classes d’écriture créative, il a demandé à deux étudiants de mimer une scène devant la classe. Chacun d’eux avait reçu des directives distinctes. La première étudiante s’est fait dire secrètement : « Tu es la mère d’un élève modèle et respectueux, qui a des notes parfaites dans toutes ses matières ». Pour le deuxième, c’était : « Tu es un directeur d’école qui convoque une mère de famille parce que son fils est un réel cancre qui sera bientôt expulsé de l’établissement. »

Vous l’avez deviné : la scène a généré beaucoup d’étincelles.

Maintenant, qui a joué le rôle du méchant, là-dedans? Le directeur d’école, qui désirait éliminer un élève turbulent? Ou la mère, qui croyait que son fils subissait une grande injustice?

Peu importe. À la base, les étincelles ont été créées parce que les consignes différaient pour chaque personnage.

C’est pareil dans le roman. Les méchants sont créés précisément quand les personnages reçoivent des scénarios qui se contredisent.

Le livre de Sol Stein, c’est de la bombe. Je l’ai lu plusieurs fois et je le relirais encore, si seulement je ne l’avais pas égaré…

Bon. À ce stade-ci, vos personnages (les gentils comme les méchants) devraient être prêts à intégrer votre histoire. Il serait donc temps de vous demander si vous devez faire un plan.

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3 conseils pour créer de bons personnages dans votre roman

3 conseils pour créer de bons personnages dans votre roman

Quand j’accompagne des auteurs, un des défauts que je vois souvent dans les manuscrits concerne les personnages. Je lis et je me rends compte rapidement que l’apprenti écrivain avait une idée précise de l’histoire qu’il voulait raconter, et qu’il a placé des personnages dans le récit uniquement pour les mettre au service de cette idée. Comme s’il s’était matérialisé exactement au moment où la narration commençait. « Pouf! » Il arrive, il a un rôle à jouer, et il agit en conséquence.

Ce genre de personnage n’a aucun passé ni futur. Il n’a aucune vie personnelle. Il est une marionnette destinée à servir les desseins de l’auteur.

Et ça, les lecteurs n’y croient pas.

Trois grands conseils pour créer des personnages riches

Créer des personnages riches, c’est compliqué. C’est pourquoi il serait difficile pour moi de vous donner tous les secrets du métier à l’intérieur d’un seul article.

Pour garder ça simple, je vais essayer de distiller le tout en 3 grands conseils qui arriveront à résorber bien des problèmes que je vois dans les manuscrits des débutants.

Premier conseil : souvenez-vous que votre histoire est un évènement ponctuel dans la vie de vos personnages

Pour éviter que vos personnages souffrent du syndrome du « bonhomme en carton » mentionné plus haut, souvenez-vous que votre histoire est un évènement ponctuel dans la vie de vos protagonistes. Ceux-ci avaient une existence avant le début de votre roman, et leur vie continuera après.

Que faisaient-ils avant? Pourquoi se sont-ils retrouvés dans cette situation? Ont-ils cherché à être au coeur de votre récit ou l’ont-ils subi contre leur gré?

Pour donner de la richesse à vos personnages, créez des fiches où vous décrirez vos protagonistes sous leurs aspects physiques et mentaux. (Pour voir comment je remplis les miennes et pour vous inspirer, lisez Comment écrire plus sous les titres Truc 17 : Remplir des fiches de personnages et Truc 18 : Faire des montages photo.) Faites-le sous forme de liste ou en texte suivi, les deux méthodes fonctionnent bien.

Profitez aussi de l’espace de ces fiches pour résumer l’historique de vos protagonistes. Insérez-y toute information pertinente : racontez leur enfance et leur adolescence, parlez de leur famille, de leurs relations sociales, dites quels sont leurs ambitions et leurs rêves. Plus vous en mettez, moins vous aurez tendance à balancer ce personnage dans votre histoire uniquement pour qu’il remplissent une fonction. Il aura sa propre vie, et insufflera du réalisme au récit.

Deuxième conseil : arrangez-vous pour que vos personnages aient un désir profond

Ce conseil s’applique davantage aux personnages principaux.

Pour qu’un roman avance, les choses doivent bouger. On ne crée rien d’intéressant en mettant en scène un cinquantenaire assis sur un banc de parc et qui passe ses journées à regarder les pigeons manger ses croûtes de pain — et qui ne fait absolument rien d’autre.

Combien de fois ai-je vu des romans où il ne se passait absolument rien, juste parce que le protagoniste ne voulait rien?Oui, un récit pourrait débuter ainsi, mais à un moment, ce cinquantenaire devrait être mû par un évènement qui le ferait quitter son banc. Il serait attiré par quelque chose, et c’est que l’histoire commencerait. Par exemple, il pourrait vouloir parler à la dame assise en face de lui, avoir envie de voyager ou même d’implanter des circuits cybernétiques dans les pigeons pour conquérir la ville, name it.

Bref, pour que ça bouge, il faut qu’un personnage principal veuille combler un désir.

Combien de fois ai-je vu des romans où il ne se passait absolument rien, juste parce que le protagoniste ne voulait rien? Certes, le thème d’un livre pourrait être précisément ça : l’absence de désir. Mais c’est un sujet assez rare. La plupart du temps, les manuscrits ne vont nulle part parce l’auteur n’a pas pris la peine de motiver convenablement ses protagonistes.

J’ai parlé plus haut des fiches de personnages. S’il y a une seule question que vous devez mettre là-dedans, c’est celle-ci : « Quel est ton désir le plus profond? »

Une bonne réponse créera un roman qui avance.

Troisième conseil : faites en sorte que vos personnages s’expriment à leur manière

Comment vos personnages s’exprimeront-ils? Avec un français « international » ou avec des mots, des expressions, qui leur seront propres?

Les manuscrits que je reçois comprennent généralement beaucoup de dialogues. Et il arrive souvent que ces dialogues n’aient aucun sens. Parfois, les personnages débitent des paragraphes et des paragraphes de répliques sans jamais reprendre leur souffle, d’autres fois, ils utilisent un langage qui n’est pas du tout adapté à leur réalité socioculturelle. Dans certains cas, tout le monde s’exprime exactement de la même manière, comme si la Terre avait été envahie par des clones.

Quitte à me répéter, je vais le redire : vos personnages ne doivent pas être mis uniquement au service de votre histoire. Ils existent en dehors des limites de votre récit. Leur façon de parler va être influencée par leur passé, leur éducation, leur ville, leur niveau d’intellect, etc. À vous de voir comment faire transparaître leurs individualités à travers leurs mots.

Je ne pourrai vous faire un cours complet sur l’écriture des dialogues, qui est un art en soi (plusieurs livres n’abordent que ce sujet, d’ailleurs). Malheureusement, l’espace me manque sur ce blogue pour vous enseigner toute la subtilité de cette facette de l’écriture romanesque. Je souhaite seulement vous inviter à la réflexion.

Regardez comment vos collègues auteurs s’en sortent. Lisez beaucoup de livres en français et analysez la construction des dialogues. Inspirez-vous de vos trouvailles pour pimenter votre propre récit. (J’offre aussi quelques conseils pour donner de la couleur aux dialogues dans Comment écrire plus, sous le titre Truc 20 : Créer une distribution pour les personnages.)

Mettre en scène de bons personnages n’est pas une mince affaire

Bien sûr, suivre ces trois recommandations ne garantira pas la perfection de vos personnages. Mettre des humains en scène est un art qui s’apprend. Il vous faudra tâtonner et vous faire les dents.

Pour partir du bon pied, prenez la peine de créer de bonnes fiches, motivez vos personnages et arrangez-vous pour qu’ils s’expriment à leur manière. Suivre ces trois conseils vous donnera un sérieux coup de pouce.

Maintenant qu’on a vu la base à propos des personnages, j’aurais quelques mots à dire sur les antagonistes qu’on retrouve dans les romans.

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L’importance des recherches pour l’écriture d’un roman

L’importance des recherches pour l’écriture d'un roman

On dit souvent aux auteurs : « Écrivez sur ce que vous connaissez » (ou le fameux Write what you know en anglais). Ça peut fonctionner si vous êtes issu d’un milieu particulier ou méconnu qui mérite d’être raconté.

Mais la plupart du temps, le write what you know, savez-vous ce que ça donne?

Ça donne des romans montréalais qui parlent de la montréalité montréalaise des Montréalais de Montréal (si vous venez d’Europe, remplacez les expressions avec « Montréal » par « Paris » et vous comprendrez ce que je veux dire).

À moins d’avoir un vécu particulièrement extraordinaire, si vous ne faites pas de recherches, vous serez en quelque sorte « confiné » dans ce que vous savez, et vous aurez de la difficulté à vous en éloigner.

Ouvrir ses horizons grâce à la recherche

Si vous vous ouvrez à la recherche et à l’exploration de territoires inconnus, l’univers des possibles éclora comme une fleur. Soudainement, votre récit pourrait se dérouler au Maroc au lieu de la surutilisée île de Montréal, ou même sur les berges de l’Antarctique. Pourquoi pas?

Et vous savez ce qui est merveilleux?

Si vous vous ouvrez à la recherche et à l’exploration de territoires inconnus, l’univers des possibles éclora comme une fleurPour raconter une histoire au Maroc, vous n’avez même pas besoin d’y aller. Tout ça parce que vos recherches, vous pouvez les effectuer de deux manières :

  1. en vous trempant les deux pieds dans votre sujet; ou
  2. en ouvrant des livres.

Sauter à pieds joints dans son sujet

C’est sans doute la meilleure méthode d’effectuer ses recherches, mais aussi la plus coûteuse et complexe. Ça signifie de vous bondir directement au coeur de votre sujet, sans intermédiaires.

Vous souhaitez que votre roman se déroule au Maroc? Achetez un billet d’avion et allez passer un séjour de quelques semaines à Casablanca, et une fois là-bas, visitez les lieux où se tiendra votre intrigue. Entrez dans les boutiques, les restaurants, humez les odeurs qui flottent sur les rues principales, captez l’ambiance de la ville et prenez une tonne de notes.

Quand vous rentrerez chez vous au terme de ce voyage, vous saurez comment décrire cette ville lorsque ce sera nécessaire.

Ce genre de recherche implique un déplacement physique, que ce soit dans un pays étranger ou dans un musée où les expositions traitent de votre sujet, par exemple. Il demandera des investissements importants en temps et en argent.

Le seul hic, c’est que souvent, les auteurs ont ces ressources en quantité très limitée. C’est pourquoi ils s’offrent ces luxes assez rarement.

La plupart du temps, les recherches s’effectuent dans les livres.

Faire ses recherches comme un rat de bibliothèque

Il se peut que vous manquiez de temps et d’argent pour voyager. Il est bien possible, aussi, que l’ambiance de votre roman ne puisse pas vraiment être « visitée » (par exemple, si vous souhaitez écrire une saga historique, vous ne disposerez malheureusement pas de machine à voyager dans le temps pour aller serrer la main aux guerriers de la Grèce antique).

Vos recherches seront alors effectuées dans les livres ou via d’autres sources intermédiaires.

Vous aurez plusieurs options :

  • Guides de voyages : Lisez des guides de voyage des pays où votre histoire se déroulera. On y décrit bien l’ambiance de ces lieux, de même que plusieurs particularités politiques et culturelles. Et ces guides sont souvent remplis de photos intéressantes.
  • Monographies scientifiques : Vous parlez de la peste noire? Trouvez des ouvrages qui couvrent le sujet de long en large. Assurez-vous que les auteurs, et leurs sources, soient crédibles.
  • Manuels scolaires : Si vous écrivez un roman policier, vous pouvez vous procurer les manuels scolaires destinés à l’apprentissage de ce métier pour vous initier à la profession.
  • Des romans qui se sont collés aux mêmes sujets que les vôtres : Encore une fois, vérifiez la rigueur documentaire de ces livres avant de vous en inspirer, sans quoi vous recopierez les conneries des autres.
  • Internet : Évidemment, Internet, Google Maps, Wikipédia et cie sont des mines d’or d’information pour l’écriture romanesque. Assurez-vous toujours que les sources d’un article soient bonnes avant de l’utiliser. Souvenez-vous que tout le monde peut publier sur le net, les génies comme les imbéciles.
  • Entrevues : Vous connaissez un expert dans le sujet que vous abordez? Écrivez-lui pour lui demander une entrevue. Vous seriez surpris des réponses que vous pourriez obtenir.
  • Toute autre source pertinente : Il n’est pas rare qu’un auteur doive se taper une dizaine d’ouvrages avant de commencer son plan. Correspondances, livres d’art, guides pratiques… Mieux vaut en lire trop que pas assez.

Les recherches exhaustives demandent des efforts, mais elles vous aideront à produire un récit plus original. Vous verrez : il n’est nullement nécessaire de se limiter à « ce qu’on connaît ».

Peut-on faire trop de recherches?

Peut-être par effet de contradiction, je dis dans Comment écrire plus (sous le titre Truc 14 : Créer une trame de fond d’enfer) qu’il vaut mieux éviter de se « perdre » dans ses recherches. Bien des auteurs vont retarder le commencement de leur roman indéfiniment, sous prétexte qu’ils ne sont pas encore prêts à s’y coller.

Malheureusement, pour certains, se cacher derrière les recherches n’est qu’une façon supplémentaire de procrastiner pour éviter de faire le vrai travail, qui consiste à écrire. Ceux-là vont multiplier leurs lectures, et n’auront toujours rien écrit après 3 ans (et n’auront pas l’intention d’entamer leur projet de sitôt).

Ne vous laissez pas piéger ainsi. Il y a un moment pour la préparation, et un autre pour la réalisation. Vous devrez apprendre à traverser cette ligne tôt ou tard, sans quoi votre projet restera éternellement dans votre tête.

Lorsque vos devoirs seront accomplis et que vous maîtriserez pleinement votre sujet, il sera temps d’entreprendre la création de vos personnages principaux.

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Doit-on choisir un thème avant de commencer un roman?

Doit-on choisir un thème avant de commencer un roman?

Si je vous demandais : « Sur quoi porte votre projet de roman? », seriez-vous capable de me répondre en quelques mots sans me noyer dans une mer d’explications?

Je n’aurais pas voulu que vous me « résumiez » l’oeuvre, juste me dire sur quoi elle porte. Toute une différence.

Ça revient à demander le thème du roman.

« C’est une histoire de trahison » aurait pu être une réponse satisfaisante. « C’est un roman d’amour » aussi. Ou même « c’est une saga qui parle des ravages de la peste noire en Europe vus par les membres du clergé ».

Comme vous l’avez vu, le thème d’un roman peut être vague ou précis.

Avoir un thème : pas obligatoire, mais recommandé

Votre histoire n’a pas nécessairement besoin d’avoir un thème dominant. Mais en trouver un vous donnera un sérieux coup de pouce. Il vous évitera que vos personnages se mettent à errer sans but pour que finalement vous vous retrouviez dans une page blanche, sans que vous sachiez comment remettre votre histoire sur le droit chemin.

Votre histoire n’a pas nécessairement besoin d’avoir un thème dominant. Mais en trouver un vous donnera un sérieux coup de pouce.Si le thème de votre roman était « la vengeance », ce concept devrait être omniprésent partout dans le récit. Le personnage principal serait mû par des idées de vengeance, et il subirait les conséquences (bonnes et mauvaises) de ce sombre désir tout au long de l’histoire. Si vous vous retrouviez devant une impasse durant votre écriture, vous n’auriez qu’à repenser à votre thème : « Quel évènement en lien avec la vengeance pourrait surgir, et qui relancerait l’intrigue? »

Souvent, quand j’accompagne un écrivain dont le roman tire dans toutes les directions (et donc ne va nulle part), je réalise assez rapidement qu’une réflexion sur un thème n’a jamais été faite. Alors je donne le devoir d’en trouver un. En analysant ce qui a déjà été fait, la plupart du temps, une grande idée apparaît et l’on peut immédiatement supprimer des passages qui n’ont aucun rapport avec elle, pour aligner le récit dans une direction plus claire.

Encore une fois, je parle de thème, pas de synopsis. Il ne suffit pas de connaître ce qui va se passer exactement dans votre livre (on verra ça à l’étape du plan), mais juste de savoir quelle en sera la couleur dominante.

Une fois votre thème trouvé, vous aurez sans doute une bonne idée de l’histoire que vous souhaitez raconter. Mais ce n’est pas le temps immédiatement de se lancer dans le plan. D’abord, il vous faut entreprendre les recherches nécessaires.

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