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juin20 10

Pute adj.

Posté en 2007 par Dominic Bellavance dans Éditeur, Marketing, Réflexion

« Qui n’hésite pas à s’abaisser pour arriver à ses fins. »

C’est la définition no. 3 du mot pute que l’on retrouve dans le Robert. Je m’en rapproche un peu, côté professionnel, on s’entend.

Mais dans tout ça, que signifie « abaisser »?

Dans mon cas, sans définir clairement l’expression, je la relierais au marketing.

Je sais faire la distinction entre écrire des histoires et les vendre. Aucun problème là-dessus. Quand je m’assois devant mon ordinateur, je navigue dans mon univers en compagnie de personnages et d’intrigues. La porte est fermée pour le reste. Pas question de réfléchir à des stratégies de vente pendant que je rédige un dialogue. Ces idées causeraient de l’interférence.

Modifier mon œuvre pour vendre plus serait, à mes yeux, une forme de corruption. Je ne « m’abaisse » donc pas là.

Néanmoins, quand mes livres se retrouvent en librairie, je veux qu’ils trouvent preneurs. En moyenne, un roman au Québec vend 350 copies avant de se retrouver au pilon. Y’a rien là? Non! C’est catastrophique! Cela signifie que, sur un tirage de 1000, les subventions gouvernementales permettent à 650 copie d’aller au recyclage, et ce, sans générer le moindre regret chez l’éditeur!

Quoi faire pour éviter le désastre? L’écrivain doit gaspiller son temps pour faire du marketing. Il se rapproche de l’état de pute.

J’adore faire des séances de signatures. Rencontrer mes lecteurs durant les salons du livre me motive au plus haut point. Cependant, l’auteur méconnu doit faire BEAUCOUP plus. Il doit entretenir un site web, se battre avec les médias, téléphoner aux librairies, organiser des lancements, se payer des publicités AdWords…

Transférez le temps investi dans la pute pour enrichir l’écrivain. Vous obtenez quoi?

Jacques Poulin.

Je voudrais devenir Jacques Poulin.

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Mots-clés : AdWords, écriture, Jacques Poulin, librairies, marketing, ventes

10 commentaires

  1. Guillaume Voisine | 20 juin 2007 at 9:28

    C’est tout à fait égoïste, mais j’espère que tu ne deviendras pas Jacques Poulin, parce que je n’aime *pas* Jacques Poulin. Cependant, sur tout le reste, je suis absolument d’accord : une écriture trop infectée par la putasserie, ça se sent. Et écrire (et réééécrire) c’est déjà suffisamment difficile et épuisant comme ça sans avoir à faire le tapin littéraire dans l’espoir de vendre quelques exemplaires de plus.

  2. mayieve | 20 juin 2007 at 11:19

    J’aime la comparaison :P

  3. Gabriel | 20 juin 2007 at 23:17

    Tu serais une pute si tu finançais les 650 copies en faisant manger tes personnages au Burger King.

    Sinon, tu fais de la vente. Comme travailleur autonome, tu dois jouer le rôle d’homme-orchestre, c’est normal et il y a rien de mal à ça.

    You gotta pay your dues pour y arriver!

  4. Dominic Bellavance | 21 juin 2007 at 7:18

    On dirait que, faire de la vente, c’est beaucoup plus pénible dans le travail d’artiste. Les résultats arrivent environ un an et demi en retard.
    Et l’idéal, dans tout ça, serait d’avoir un agent.

  5. Dominic Bellavance | 21 juin 2007 at 7:54

    … et l’idée du Burger King n’est pas bête! ;)

  6. maryse | 21 juin 2007 at 8:51

    Mais l’agent vend ton livre aux éditeurs, il ne s’occupe pas du marketing et de la promotion une fois que celui-ci est placé… ;)

  7. Dominic Bellavance | 21 juin 2007 at 9:00

    Peut-être que je n’ai pas employé le bon mot… car j’avoue que c’est l’éditeur qui doit assumer une bonne partie de la promotion. Je crois que le bon terme serait « relationniste ». Quelqu’un qui joue le rôle d’intermédiaire avec les médias et qui s’occupe d’une partie de la paperasse.
    Un exemple : http://www.mireillebertrand.com/
    Évidemment, mon éditeur joue aussi ce rôle, mais, en mentionnant Jacques Poulin, je référais à un monde utopique où je ne toucherais à rien d’autre que mes romans.

  8. Patrice Plante | 26 juin 2007 at 14:43

    Salut Dominic,

    Aspirant à un jour vivre de mon écriture, ce que tu nous soulignes confirme mes appréhensions.

    Il est terriblement difficile de se faire connaître au Québec, n’est-ce pas? Le domaine littéraire est surchargé, un trop grand nombre de livres sont publiés afin de toucher aux subventions et la « promotion » quotidienne est ardue. Est-ce que les éditeurs offrent une grosse poussée, de ce côté?

    Comment se faire connaître, alors que Déesse Télévision est la Maîtresse des Portes? Comment souligner le travail remarquable des auteurs d’ici? Je suis moi-même un finissant de la Technique en multimédia (première cuvée!) et c’est ainsi que je t’ai « connu », et je vois tous les efforts que tu déploies pour y parvenir.

    Et les librairies, dans tout ça? Aident-ils vraiment notre cause? Les chiffres de ventes que tu as mentionnés, pour les nouveaux auteurs, sont dramatiquement réels. Comment alors trouver justice pour un travail aussi éreintant et profond que celui d’écrire un roman? Quelques centaines de dollars pour des années d’écriture acharnée au quotidien, est-ce là le lot de l’aspirant écrivain québécois? Comment fonctionne les subventions?

    J’adore cette catégorie de ton blogue, et j’ose espérer qu’elle « pullulera » de discussions animées et d’échanges foissonnants!

    D’ailleurs, comment diable trouves-tu le temps de voyager parmi tous ses blogues (fractale framboise par exemple) et d’écrire en même temps, tout cela en maintenant un site vivant?! :)

    Bon, dernière question, je suis tannant. Pourrais-tu me dire comment fut ton expérience au certificat en création littéraire?

    MERCI!

  9. Dominic Bellavance | 28 juin 2007 at 10:58

    Bonjour Patrice et bienvenue sur ce blogue!

    Tu soulèves ici des questionnements qui mériteraient un article pour chacun d’eux! Toutefois, je dirais que le monde de l’édition québécoise n’est pas si mal, et même pas mal du tout en ce qui concerne la fantasy ces temps-ci. Harry Potter et compagnie ont contribué à rendre ce genre populaire auprès des jeunes et des librairies. Au détriment du reste, je suppose.

    Mais j’avoue qu’il ne faut pas s’attendre à faire fortune en écrivant. La fierté du travail accompli doit suffire, la plupart du temps. La crédibilité aussi. Mais entre ça et les dollars, que choisirions-nous?

    Sinon, je peux dire que j’ai adoré mon expérience au certificat en création littéraire. Je le recommanderais à tous ceux qui veulent se lancer dans le domaine. Un bémol, toutefois. Consultez des finissant avant de choisir vos professeurs. C’est important d’être sur la même longueur d’ondes qu’eux.

  10. Patrice Plante | 29 juin 2007 at 18:46

    Salut Dominic!

    Merci pour tes réponses! Personnellement, je choisis la fierté et la crédibilité. Le but n’est pas de faire fortune, mais n’existe-t-il point un désir plus viscéral chez l’écrivain? Celui de VIVRE – purement et simplement – de son écriture?

    Donc, si jamais je trouve du temps pour me lancer dans ce certificat à temps perdus, j’imagine que tu figures parmi la liste des finissants :-)

    Passe une belle fin de semaine et, bonne écriture!!!

    Patrice

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