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août02 15

La librairie Durham

Posté en 2010 par Dominic Bellavance dans Réflexion

J’entre dans la librairie Durham, un endroit qui a beaucoup fait jaser d’elle dans les médias le jour de son ouverture, entre autres à cause de son nom provocateur. C’est une librairie spécialisée en littérature québécoise.

Au moment où j’entre, je vois une plaque de métal, accrochée près de la porte, où il est inscrit ceci :

« On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu’ils ont conservé leur langue et leurs coutumes particulières. Ils sont un peuple sans histoire et sans littérature. »

– John George Lambton, tiré du rapport Durham

En lisant cet extrait, je sais exactement pourquoi je suis ici.

Je trouvais étrange que le propriétaire ait voulu ouvrir une librairie spécialisée, alors que les généralistes avaient déjà de la difficulté à être rentables. Je le lui ai demandé, l’autre jour, et il m’a courtoisement répondu : « Quand on s’adresse à tout le monde, on ne s’adresse à personne. » J’ai compris pas mal de choses.

J’entre et je me délecte de ce que je vois. Au fond, au-dessus des étagères, on ne retrouve pas la catégorie « littérature québécoise », mais plutôt « science-fiction, policier, historique, etc. » La librairie Durham est à peu près la seule à classer les œuvres faites ici en genres. J’apprécie.

À droite, on retrouve quelques fauteuils, une machine à café, des petites tables ainsi qu’une étagère où il est inscrit : « Espace premier chapitre »

Cette étagère contient des livres fournis par la plupart des éditeurs québécois et son classés par année. Ils contiennent les premiers chapitres de toutes leurs publications pour une année précise. C’est génial. Quand j’ai le goût de m’acheter un livre qui n’est pas une nouveauté, je m’assois, je prends un café et j’ouvre un des « catalogues de premiers chapitres » pour voir si c’est bon. Par la même occasion, j’en lis d’autres. Je découvre un auteur qui m’impressionne. J’ai envie d’acheter son bouquin.

Bien sûr, plusieurs maisons d’édition offrent de lires ces premiers chapitres en PDF sur le Web, et ces extraits sont aussi rendus disponibles sur Amazon. Sauf que moi, je déteste lire à l’écran. Je passe ma journée devant l’ordinateur et quand je suis avec un livre, je considère que c’est une pause pour mes yeux. Je ne suis pas nécessairement un « sniffeux de livre », mais c’est mon choix.

La librairie Durham répond à mon besoin.

J’apprécie le style du premier chapitre d’un livre qui s’intitule L’arracheur de mauvaises herbes. C’est écrit par Simon Bourbier.

Je sais déjà que la librairie Durham a de bonnes chances d’avoir ce livre entre les mains parce que :

  1. ils sont spécialisés;
  2. ils tiennent en stock les livres qui sont répertoriés dans l’Espace premier chapitre.

Je m’en vais donc le prendre à l’arrière.

Arrivé à la caisse, je paie par carte de crédit. On me dit : « Cet auteur est inscrit au programme des pourboires. Voulez-vous laisser un pourboire? »

Yep… C’est une tactique assez audacieuse employée par la librairie.

Inscrit en gros sur le mur, au fond de l’établissement, on retrouve une notice explicative qui dit ceci :

Saviez-vous que les auteurs gagnent généralement 10 % sur le prix de détail d’un livre? Cela signifie qu’un livre vendu 15 $ rapportera seulement 1,50 $ à son auteur. Chez la librairie Durham, nous voulons aider les écrivains qui sont à l’origine des livres avec le programme de pourboire, qui fonctionne entièrement sur une base volontaire. Vous pouvez, à l’achat, verser un léger pourboire qui sera remis directement à l’auteur de votre livre. Vous pouvez également le verser une fois que vous aurez terminé votre lecture.

Pas de carte de fidélité, pas de rabais sur les livres. Au contraire, on demande au client de payer plus.

Et ça fonctionne.

La librairie Durham est spécialisée en littérature québécoise. Ceux qui fréquentent l’établissement ont un sentiment d’attachement envers leur littérature et veulent que celle-ci soit en santé. Les écrivains sont pauvres, c’est universellement reconnu. Avoir le potentiel de leur offrir un pourboire, voilà quelque chose qu’Amazon n’offrira jamais.

Au fond, je m’en fous de dépenser 0,50 $ ou 1 $ de plus quand j’achète un livre, si je sais que cet argent ira dans la poche de mon auteur favori et que ça lui permettra d’écrire plus longtemps.

Avec un tel programme, les propriétaires de la librairie ont fait un gros coup de marketing. Ils ont rangé les écrivains de leur côté. Quand un auteur québécois offre, sur un blogue, d’aller acheter leur livre en librairie, c’est certain qu’ils vont inciter les gens à se rendre à la librairie Durham. C’est le seul endroit où ils peuvent recevoir du pourboire!

Ils génèrent ainsi de la publicité gratuite.

Je n’ai jamais laissé beaucoup de pourboire, mais j’ajoute 0,25 $ à la facture, parce que je ne connais pas Simon Bourbier. Peut-être que j’en laisserai davantage la prochaine fois, si ses livres sont bons.

Je prends mon sac et je sors. Je vais probablement revenir samedi à 13 h, parce qu’ils ont comme politique de toujours avoir un auteur en séance de signatures le samedi entre 13 h et 16 h. J’en profiterai pour lui arracher un signet.

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Mots-clés : Amazon, librairies, librairies indépendantes, marketing, pourboires, séances de signatures

15 commentaires

  1. Gen | 2 août 2010 at 7:42

    Je vois qu’on a tous le réflexe de demander des librairies spécialisées à date.

    Et j’adore cette idée de pourboire!

  2. Marjorie | 2 août 2010 at 8:20

    De retour de vacances, je tombe sur ce post dans mon fil RSS. Je le lis, et je me délecte. C’est où ça, la librairie Durham? Must go.

    Quand on lit ses nouvelles en ordre antichronologique, on se fait souvent prendre au piège! Très bon post. J’attends l’ouverture avec impatience.

  3. cfd | 2 août 2010 at 8:31

    Enfin des trucs intéressants sur l’innovation en librairie. Comme quoi c’est possible de « faire différent » (et d’y trouver son compte!).

  4. cfd | 2 août 2010 at 8:33

    (hum, ne la trouvant à nulle part dans Google, je me demande soudainement si Dominique ne serait pas un auteur de fiction.)

  5. ClaudeL | 2 août 2010 at 8:48

    J’ai bien aimé le montage du texte: des puces, des extraits, des retraits.
    J’ai aussi aimé les commentaires. Vous allez avoir de nouveaux lecteurs, je pense, qui, faute de trouver la librairie, vont revenir à votre blogue!

  6. Geneviève | 2 août 2010 at 8:54

    L’idée de lecture sur place du premier chapitre: j’adore. Et je suis aussi d’accord avec toi que ce n’est pas pareil de lire à l’écran ou bien confo dans un fauteuil!

    Je suis prête à aller dans ta librairie!

  7. richard tremblay | 2 août 2010 at 11:23

    Pour le pourboire, c’est une excellente idée. Si les auteurs offraient un point de chute sur leur blogue par exemple, avec la possibilité de payer via Paypal, je succomberais assez facilement à ça.

    En attendant, quand un auteur me fait plaisir avec son texte, je fais the next best thing, j’achète ses autres livres.

  8. Claude Champagne | 2 août 2010 at 12:58

    Super billet!

    Je rêve aussi de cette librairie spécialisée en littérature québécoise, qui a un fond important. Les éditeurs pourraient soutenir pareil endroit en faisant une exception : que l’office soit plutôt un dépôt.

    Et l’idée du pourboire, que dire de plus. :-)

  9. Isabelle | 2 août 2010 at 21:07

    Effectivement, j’aime bien cette idée de librairie =).
    Les premiers chapitres, j’aime bien. J’ai déjà l’habitude de commander les « sample » sur mon kindle. C’est vrai que les catalogues seraient aussi intéressants.

  10. Isabelle Lauzon | 3 août 2010 at 5:19

    J’adore l’idée du pourboire! Et l’espace « Premier chapitre » à côté du café, c’est bon aussi, ça!

    Tu me rejoins vraiment avec cette librairie spécialisée en littérature québécoise… Maintenant que les idées sont lancées, il ne reste plus qu’à un visionnaire (riche) de s’approprier les idées des blogueurs et de l’ouvrir, cette fameuse librairie! À voir les nombreux commentaires que le sujet a suscités, je crois qu’il y a définitivement un marché!

  11. Pat | 3 août 2010 at 5:38

    Ce que j’aime le plus, c’est le nom provocateur de cette librairie. Ça et la citation sur la plaque de métal. Bien trouvé!

  12. idmuse | 3 août 2010 at 9:13

    J’ai beaucoup aimé le billet :)
    Décidément, ton blogue nous donne envie de sortir et de lire !

  13. Ethan | 12 août 2010 at 9:27

    Merci pour ce délectable article, tout simplement envie d’aller visiter une librairie qui à enfin du sens pour moi et qui ne nous noie pas dans toute la littérature. déjà qu’à ma grande honte j’ai de plus en plus de mal à trouver le temps pour lire.

    Encore un gros merci pour cet article et ce blogue très intéressant. Au plaisir de le suivre assiduement

    Ethan

  14. Sylvie | 16 août 2010 at 22:30

    Génial! Ne reste plus qu’à concrétiser cette vision d’avenir! ;)

  15. eric | 19 août 2010 at 17:39

    À quelle heure la faillite ?

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