Librairies indépendantes : réveillez-vous!
Je ne me ferai pas d’amis avec ce billet. Tant pis.
Un article sur le Web m’a fait fulminer aujourd’hui. Sur le site du Libraire, on retrouve une nouvelle intitulée Ferez-vous la pause Amazon cet été? On peut y lire ceci :
Dans le cadre de la campagne de sensibilisation « J’aime mon libraire », initiée par la maison européenne L’Autre éditions, un regroupement de libraires indépendants français suggère aux lecteurs de boycotter le cybermarchand Amazon pendant tout l’été.
L’opération intitulée « Pause Amazon » préconise en effet de « laisser dormir son compte » et de se rendre chez son libraire de quartier afin de supporter les acteurs les plus vulnérables de la chaîne du livre, les éditeurs et libraires indépendants, en plus d’encourager la bibliodiversité.
Encore ébranlé par cette idée « brillante », j’ai lu sur Twitter que les librairies indépendantes du Québec appuyaient le concept.
Je n’en revenais pas.
Dans un sens, c’est normal. Le gros Amazon gagne du marché et les petites librairies risquent de se retrouver sans clients, écrasées par la compétition.
Bon.
On va mettre quelque chose au clair. Quand je désire acheter un livre, je cherche toujours quelque chose de précis. Je veux tel roman écrit par tel auteur avec telle édition. Si je me rends dans votre boutique indépendante, je suis certain d’une chose : le bouquin dont j’ai besoin, vous ne l’avez pas en stock. Je serai obligé de le commander, vous le recevrez deux semaines plus tard, je devrai me déplacer à nouveau, je paierai plus cher… et c’est sans compter le risque de voir une erreur sur ma commande.
Malheureusement, je n’ai plus besoin des services que vous m’offrez.
Sur Amazon, je bénéficie presque toujours d’un rabais substantiel et, en plus, le livre se retrouvera au pied de ma porte le surlendemain. C’est ce à quoi vous êtes confrontés.
Messieurs et Mesdames les libraires, je vous l’annonce en grande primeur : si vous croyez que vous ferez vivre votre entreprise en 2010 simplement en alignant des ouvrages sur des tablettes, vous n’avez rien compris. Votre commerce mourra à petits feux. Vous serez écrasés par Amazon, Chapters et autres boutiques virtuelles qui savent répondre aux besoins des acheteurs d’aujourd’hui.
Ne me demandez pas de boycotter Amazon. Ne me demandez pas non plus de vous « encourager », parce que :
- c’est pathétique;
- les entreprises ne survivent pas avec des « encouragements », mais en comblant des besoins réels;
- en tant qu’auteur impliqué dans son milieu, je ne veux pas « encourager » mais plutôt « récompenser » les bons coups.
Mettre des livres sur les tablettes ne suffit plus. Quand je choisis de me rendre dans une librairie, c’est parce que je désire vivre une expérience. Non seulement je cherche à être entouré d’une quantité phénoménale de livres, mais je veux aussi toucher à la communauté de lecteurs qui fréquente votre commerce.
Je veux avoir l’impression de « faire partie de quelque chose de plus grand que moi ».
Par exemple, cet été, j’ai visité la librairie Shakespeare et cie., à Paris. Dès qu’on rentre dans cet établissement, on change d’univers; on se retrouve au milieu d’une série d’étagères anciennes munies d’échelles à roulettes. Deux étages de plaisir s’offrent à nous : le rez-de-chaussée nous permet de faire nos achats, tandis que, sur le 2e étage, on n’a pas le droit d’acheter quoi que ce soit.
Vous avez bien lu : les achats sont interdits au 2e étage.
Ils sont interdits, car, chez Shakespeare et cie., cet endroit est un espace de lecture et de fraternisation. Dans deux pièces de taille moyenne, on retrouve un piano (avec un pianiste amateur, mais qui sait comment caresser les notes) ainsi qu’un coin équipé d’une machine à écrire, où les clients rédigent des messages originaux et les accrochent au mur.
Wow. W-O-W.
Eux, ils ont compris.
Vous croyez être dans la game? Vous croyez que, avec votre librairie si unique, vous savez comment on entretient une communauté de lecteurs? Laissez-moi vous dire une chose : une expérience de communauté, ce n’est pas une liste de diffusion. Ce n’est pas non plus un club de lecture qui se réunit une fois par mois. Non. C’est plutôt une impression d’émerveillement qui devrait être ressentie chaque fois qu’on franchit les portes de votre commerce.
Vous croyez que ça n’existe pas au Québec, ce genre de phénomène? Eh bien, vous vous trompez.
Pensez à l’Imaginaire. Ce sera votre modèle à suivre.
Entrer à l’Imaginaire, c’est trippant. Les articles sont disposés comme des décors et donnent l’impression qu’on « pénètre » dans l’univers des fans, ça bouge de partout, ils ont des employés passionnés, ils organisent régulièrement des tournois de cartes et d’échecs et les annoncent à grande échelle. On y trouve de tout – oui, oui – et c’est bel et bien une librairie.
Si j’ai besoin d’un roman de fantasy, je n’hésiterais pas une seconde à me déplacer à l’Imaginaire, parce que l’endroit est enivrant. Je m’y rendrais même si le livre était 3 $ plus cher que sur Amazon, et même si je devais le commander. Parce que je serai heureux de franchir le seuil de leur boutique.
Je « n’encourage » pas l’Imaginaire. Je les « récompense ».
Maintenant, cessez donc de pleurnicher. En voulant boycotter Amazon, vous avez l’air d’une bande de gamins qui chialent contre le voisin parce qu’il a un jouet plus gros que le vôtre.
Le combat contre Amazon se gagnera par l’innovation. Mettez de côté cette mauvaise attitude et commencer à repenser la structure de votre commerce. Détruisez ses fondations et reconstruisez-les. Offrez-moi une expérience mémorable. Trouvez des idées. Surprenez-moi.
Si vous n’êtes pas d’accord, si vous croyez que le fait de placer des livres sur des tablettes est un gage de réussite, vous creusez votre tombe. Vous mourrez bientôt, et moi, je pleurerai sur vos cendres.
MISE À JOUR : Les commentaires sont maintenant verrouillés. Voyez pourquoi.
MISE À JOUR 2 : Finalement, je me retire du débat.
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Mais c’est que tu es en feu sur ton blogue! Depuis 2-3 mois, tes billets sont tous fantastique! Et pour celui-ci, avouons-le: ça prenait des couilles!!
Ta réflexion sur la librairie comme « lieu extraordinaire » plutôt que comme simple espace tablette me semble parfaitement pertinente! Les librairies (et les bibliothèques!) doivent se ré-inventer. Elles ne peuvent compétitionner au niveau de l’inventaire, puisque l’espace finit toujours par manquer, et doivent compenser en transformant la visite en « expérience ».
Bravo pour la réflexion… et pour le courage!
Et bien, comme dirait l’autre: Bra-vo!
Moi aussi, lorsque je vais à Québec, je fais un tour à l’Imaginaire, c’est un détour obligatoire.
Les libraires pensent-ils vraiment qu’ils m’offrent un service lorsqu’ils me disent «on peut vous le commander» alors que «je peux me le commander tout seul»? Tu as raison sur ce point, la bataille est perdue s’ils n’offrent pas ce qu’Internet ne peut nous offrir: un lieu, une atmosphère, un moment hors du temps, des contacts humains… l’envie d’aller visiter leurs rayons.
Bon billet.
Rappelle-moi de t’amener visiter les 2 Clément-Morin de Trois-Rivières lorsq
Rappelle-moi de t’amener visiter les 2 Clément-Morin de Trois-Rivières lorsque tu seras en ville: l’un est un magnifique café-librairie et le second est un bar à vin (où il est très agréable d’aller rencontrer des éditeurs pour discuter de projets!)
Ceci dit, les librairies indépendantes doivent faire face à une immense compétition des grandes surfaces et c’est paradoxal: les gens qui achètent des livres dans les grandes surfaces n’iront pas nécessairement en librairie, donc pour les faire lire, il faut avoir des magasins à grande surface qui vendent des livres, sauf que ça n’amène pas les gens en librairie!
Excellent commentaire!
Je ne comprends pas comment ça se fait qu’il existe des commerces spécialisés dans les BD qui ont un peu de tout en stock, même des vieux trucs, mais qu’il n’en existe pas de pendant du côté des librairies.
À quand une librairie spécialisée dans la fantasy (qui tiendrait, mettons, tous les Terry Pratchett, pas juste le dernier sorti)? Dans le polar (où on trouverait encore du Raymond Chandler)?
Comme tu dis, me semble que ça prend pas grand chose pour créer une ambiance intéressante dans une librairie. Merde, y’a un INDIGO au centre-ville où je vais très régulièrement. Pourquoi? Parce qu’au deuxième étage, y’a un endroit pour m’asseoir avec ma pile de bouquins et les feuilleter en buvant un café. En plus, en magasin, il y a des bornes informatiques qui me permettent de commander moi-même les livres qui ne sont pas en stock… sur le site d’Indigo évidemment.
Pourquoi les indépendants n’offrent-ils pas le même genre d’expérience? Une entente avec un café, un espace avec ambiance thématique pour s’asseoir, des bornes électroniques pour vérifier l’inventaire et passer des commandes… L’étape suivante, ce serait même de munir ces bornes-là de câbles USB. Vous voulez un bouquin en format électronique? Soit il pas en stock, soit vous le trouvez trop cher ou trop encombrant en format papier? Branchez-vous, téléchargez sur place, payez et repartez avec!
Le premier qui offrira cette possibilité (bouquiner en vrai ET télécharger) gagnera la course. S’il offrait quelques supports à ebook en prime, ainsi que des belles liseuses traditionnelles, ce serait dans la poche je pense.
Mathieu : Le Clément-Morin fait beaucoup parler de lui, même à Québec et à Montréal. Je n’y suis jamais allé, mais j’aurais très bien pu les mettre en exemple.
Excellent billet!
Quand je lis sur le site du Libraire : « (…) les acteurs les plus vulnérables de la chaîne du livre, » ce ne sont pas les libraires, mais les auteurs! À 40% du prix du livre aux libraires, on se garde une p’tite gêne, les amis.
Cela dit, ça prend du fric, beaucoup, pour effectuer les aménagements que tu proposes (ainsi que Gen), ce que les libraires indépendants n’ont pas nécessairement en stock. Mais ça vaudrait certainement la peine qu’ils investissent aux bons endroits, en espérant que ça leur rapporte. À eux ainsi qu’à nous, les auteurs.
Claude, qui attend encore que Le Libraire parle un jour d’un de ses livres…
J’ai sursauté aussi en lisant que les libraires sont « les acteurs les plus vulnérables de la chaine du livre ».
Non. C’est les auteurs les plus vulnérables. Les auteurs qui mettent des mois, des années, à écrire un livre sur lequel il recevra un pourcentage toujours trop bas. Faut pas charrier.
Je suis une fan d’Amazon. Efficacité, choix, plaisir de recevoir mon paquet par la poste, chez moi.
Et je fuis les « petites » librairies (qui ne tiennent pas mon livre, contrairement à Amazon…) justement à cause du contact humain! Quand je bouquine, je ne veux pas qu’on me demande « si je cherche quelque chose ». Je ne veux pas des recommandations d’un « libraire » qui a sa clique, ses habitudes, ses goûts.
Je veux trouver moi-même, toute seule et oui, me tromper aussi souvent que possible! C’est ça, lire. Voir large et laisser la place à tous les possibles.
Absolument d’accord avec toi.
Billet particulièrement juste et bien dit !
L’attitude pleurnicharde n’est plus de mise, les libraires doivent se repenser et se projeter dans l’avenir… Cela passe aussi par les ventes en lignes…
Voulant acheter Richard III, il m’a fallu le commander et attendre 3 semaines pour obtenir ce classique de la littérature en librairie !!!
Je suis bien d’accord pour que les libraires se dépassent et offre une expérience de vente plus agréable.
D’ailleurs, je ne citerai jamais assez le Sang % Gothik de Sherbrooke, cette boutique dédiée aux amateurs de mode gothique et métal à Sherbrooke qui offre une expérience de vente unique par le biais des choix suivants :
1. Un décor incroyable, fait sur mesure avec des cercueils d’essayage, les murs peints en noirs, des meubles antiques, etc.
2. Un nombre de vêtement limité, ce qui fait que les amateurs ne portent pas tous et toutes le même linge ou les mêmes chaussures.
3. Les disques de la plupart des groupes locaux de gothique et de métal sont vendus sur place, ainsi que quelques t-shirt de groupe.
4. Et, surtout, il y a un spectacle gratuit de 45 à 60 minutes une fois par mois. Ça, c’est de l’expérience communautaire.
***
Ceci dit, je dois avouer ne pas vous comprendre, celles et ceux qui achètent sur Amazon.
Je considère personnellement que l’expérience de magasinage y est désagréable. Voici mes impressions :
1. La page d’accueil me fait penser à Future Shop, avec ses millions de gugusses en tous genres, des jeux vidéos, des kindle, des séries DVD… on ne se croirait pas dans une librairie, et certainement pas une librairie spécialisée!
2. Il y a surabondance d’information sur ce site. Trop de détails, c’est comme pas assez. Je m’en fous de savoir que les clients qui veulent acheter un produit aimeraient cliquer sur X ou Y lien commanditaire d’Amazon! Le FREE SUPER SHIPPING, je l’ai déjà vu une fois sur la page, arrêtez de le répéter!
3. Franchement, je trouve le site plutôt laid. Ça ne me tente pas d’y passer des heures, ni même des minutes.
Bref, pour moi, Amazon, c’est comme un gros catalogue de texte avec des petites photos ici et là. Trop d’information.
Je suis désolé, mais je préfère de loin le facteur humain, et ma priorité d’achat va aller en fonction : 1. De ma connaissance personnelle d’un auteur ou d’un personnage, 2. D’amis ou de membres de ma famille qui m’ont parlé d’un livre, 3. Des Salons du livre où on a le plaisir de rencontrer les auteurs, 4. Des librairies.
Vive le bon vieux contact humain.
Amazon, ce n’est qu’une version actuelle de Distribution au consommateur, et si tu veux une expérience d’achat plus plate que ça, bonne chance.
Un article à lire, le blues d’un libraire obligé de fermer…
http://ruefrontenac.com/nouvelles-generales/societe/25604-fermeture-librairie-pierre-garnier-boule-neige
«M. Garnier n’est pas amer, mais il constate que l’arrivée des librairies virtuelles et la vente de livres dans les grandes surfaces comme Costco ont sonné le glas des petites entreprises comme la sienne.
«Les librairies spécialisées ne peuvent pas concurrencer les rabais offerts dans les grandes surfaces», tranche-t-il.»
@GHOULE : Mais on ne magasine pas sur Amazon (entk, je ne connais personne qui le fait). On y va pour commander le truc qu’on sait qu’on veut. On arrive, on se log, on tape quelque chose dans le champ de recherche, trois clics, notre numéro de carte, merci, bonsoir.
Amazon, c’est comme le dentiste : on y va parce qu’il le faut bien.
À côté, les librairies nous offrent présentement une expérence qui ressemble à celle de la plupart des gyms : c’est supposé être le fun, mais c’est surtout en ressortant qu’on est content!
Je suppose que vous avez raison. De toute façon, vous ne semblez pas prêt à entendre quoi que ce soit d’autres.
Bon alors moi… Moi mon libraire il me donne des livres en primeur, pas encore ‘sur les tablettes’ parce qu’il sait que je les attends. Quand j’arrive en lui disant je cherche un cadeau pour une amie qui a aimé ceci et cela, mais pas ceci, il sait quoi me conseiller. Moi mon libraire il engage 20 personnes. Moi mon libraire il ne me vend jamais des livres mal édités. Moi mon libraire il aime les livres et il fait vivre mon quartier.
Pas Amazon. Mais bon, le jour où il ne restera que des Loblaws qui vendent des fraises américaines et des Wal-Mart qui vendent des best-sellers, on pourra tout acheter en ligne… et on réalisera qu’il se vend moins d’ouvrages québécois qu’avant parce qu’en ligne les gens ne ‘bouquinent’ pas… Alors les éditeurs fermeront…
Mais on s’en fout puisque les gens se publieront à compte d’auteurs.
Mon texte sur le sujet, qui, comme vous vous en doutez, n’est pas tout à fait au diapason du vôtre: http://coeficiencenet.typepad.com/contrejour/2010/06/le-commerce-%C3%A0-taille-humaine.html
Vivre en société, c’est aussi encouragé des gens qui choisissent un domaine non-lucratif pour faire vivre leur quartier et leur culture. Nous ne sommes pas que des consommateurs!
Catherine : Je ne suis pas fermé d’esprit. J’ai lu votre article avec grand intérêt et je vous assure qu’il rejoint le mien. Il ne faut pas mal comprendre mon message : je ne fais pas de la publicité pour Amazon, mais je dis qu’Amazon va manger les petits s’ils ne réagissent pas… et vite. J’aime bien l’idée d’encourager la boutique du coin. Mais les « encouragements » sont des gestes isolés qui n’assureront jamais la survie d’un commerce.
Il faut voir la réalité en face et cesser d’être idéaliste. Le danger est réel.
Personnellement, les conseils des libraires, je peux m’en passer. Je sais ce que je veux, et les conseils de mes proches ont plus de valeur que ceux d’un inconnu. C’est mon opinion, mais c’est aussi celle de plusieurs québécois avides de lecture. Si les librairies veulent m’attirer à nouveau, elle devront me proposer d’autres services.
Je vais me faire un plaisir de buzzer ce genre de billet. Vous avez absolument raison sur toute la ligne. Bien que je n’épouse toutes les applications purement mercantiles d’Amazon, Google et Apple bien qu’ils les affichent clairement, force est de constater qu’ils savent se mettre au service du consommateur. Ils seraient temps que les libraires arrêtent de pleurer sur leur sort et qu’ils se remettent en question dans une société de consommation qui évoluent de plus en plus vers l’acquisition de biens culturels dématérialisés.
Bonjour Dominic,
En mon nom personnel, j’ose prendre la défense des libraires. Parce que les libraires sont, beaucoup (vraiment beaucoup) plus que des « placeux de livres ». Insinuer le contraire serait faire preuve de mauvaise foi.
D’abord, rectifions une chose, la campagne « La Pause Amazon » est une initiative d’un éditeur parisien (oui, oui!), non pas de libraires amers ou de pathétiques « marchands ». L’éditeur, L’autre édition, soutient que l’oligopole d’Amazon met en péril la petite édition. Le géant abuse de sa position dominante, impose ses propres conditions (ce qui lui permet d’offrir des livres au prix si bas et de faire une concurrence peu loyale aux libraires).
Moi, une campagne de promo qui chante « J’aime mon libraire », je trouve cela agréable. Je trouve l’initiative belle. Surtout lorsqu’elle vient d’autres intervenants du milieu du livre (auteurs, éditeurs). Si, en parallèle, elle propose une Pause Amazon, pourquoi pas. Parce que c’est cela le principe des gros : tasser les autres, petit à petit, jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Je nous ne le souhaite pas. Je ne vous le souhaite pas.
Le monde du livre est un écosystème. Les auteurs ont besoin des éditeurs, les éditeurs des libraires, les libraires des lecteurs, les auteurs des libraires, les libraires des auteurs. Ça roule, ça s’influence, ça doit se tenir. Pour avancer, pour devenir meilleur, solide.
Si tu cherches un ouvrage rare ou anglophone non distribué au Québec, pas de problème. Je comprends ton réflexe. Amazon, c’est la facilité, le tout cuit dans le bec, la grosse machine bien rôdée qui vend ses livres moins cher pour que tu achètes en même temps une caméra vidéo ou le dernier Cd d’Arcade Fire. C’est le principe des multinationales. Ta librairie de quartier n’est pas une multinationale. Elle n’a pas les moyens (l’argent, l’espace) pour posséder un inventaire de 300 000 titres ou pour louer un local de 10 000 pieds carré.
Ce que je trouve absurde et déplorable, c’est lorsqu’un internaute commande un livre (disons Toi et moi, it’s complicated) sur Amazon, alors que son libraire du coin ou que la librairie du centre-ville l’a en inventaire. C’est peut-être moins cher. Plus rapide, pas si sûr. Acheter local, pour nous, cela signifie encore quelque chose. Acheter chez son libraire, c’est plus qu’un quelconque encouragement. Cela fait vivre son quartier, cimente nos communautés, conserve notre argent dans notre milieu. Ce n’est pas prendre le lecteur pour un acheteur.
Tu n’as plus besoin des services que les libraires d’ici offrent ? Dommage. C’est pourtant par eux que la majorité de tes livres se vendent. C’est par leurs conseils, leurs activités, leurs engagements, que la littérature d’ici et d’ailleurs continue de recevoir un écho.
Les librairies ne font qu’aligner des livres sur la tablette? Viens faire un tour en librairie, parle aux libraires, rends-toi aux activités organisées, visite-les sur le Web. Tu verras que ta critique est un peu forte. Trop forte. Les libraires ne font pas que placer des livres. Ils aiment d’abord et avant tout les lire. Le mettre en vitrine. En parler avec les intéressés. En découvrir de nouveaux.
La librairie L’imaginaire est vraiment un lieu bien. Mais, tu sembles l’oublier, il y en a plein d’Imaginaire au Québec. Tu passeras par les librairies Clément Morin, Monet, Olivieri, Le Fureteur, Pantoute, Paulines, Alire et partout ailleurs. Tu verras ce qu’elles ont à t’offrir. Tu visiteras les blogs de la librairie Vaugeois, de Monet. Le site et la revue le libraire, Livresquebecois.com (un site transactionnel où tu peux acheter le livre québécois). Il me semble que des efforts sont faits (tu ne sembles malheureusement pas le constater). Que tranquillement les libraires s’adaptent aux nouvelles réalités, qu’elles changent. Pas pour devenir des Amazon, non. Pas pour devenir de grosses machines huilées au quart de tour. Non. Juste pour s’adapter au marché. Mais le changement est une chose qui demande du temps. Qui demande le support des lecteurs, des éditeurs, des auteurs aussi.
Les librairies indépendantes travaillent à la mise sur pied d’un nouveau site qui tentera, à sa façon, d’offrir une alternative aux Amazon de ce monde. On le sait, il ne faut pas regarder passer le train. Mais il faut savoir rester intègre. Comprendre ce que nous sommes, nos forces, nos faiblesses. Insister sur nos atouts, sur ce qui fait que bon nombre de lecteurs privilégient encore cette rencontre avec son libraire, avec cet univers de passionnés.
Non, les librairies indépendantes ne veulent pas tomber dans le misérabilisme. Loin de là. On ne pleurniche pas, on ne s’apitoie pas sur notre sort. Nous osons même être optimistes. Les librairies indépendantes, de minuscules équipes de passionnés (je tiens à te le rappeler), s’adaptent, tranquillement. Révolution certes lente, mais enclenchée. Déjà mieux que rien, non?
Sans rancune.
Dominique Lemieux
Librairies indépendantes du Québec
« Tu n’as plus besoin des services que les libraires d’ici offrent ? Dommage. C’est pourtant par eux que la majorité de tes livres se vendent. C’est par leurs conseils, leurs activités, leurs engagements, que la littérature d’ici et d’ailleurs continue de recevoir un écho »
Vôtre point de vue est louable Mme Lemieux mais vous n’êtes pas censée sans savoir qu’avec l’avénement du Web 2.0, les médias sociaux sont une source d’information bien plus efficace parce qu’alimenter par les internautes eux-mêmes pour trouver de meilleures suggestions de lecture. Je ne vous pas beaucoup de libraires présents et actifs sur les médais sociaux pour aller chercher une nouvelle clientéle ou au moins se mettre à leur portée.
Qui a dit que les libraires indépendants ne réagissaient pas?
Peut-être que tu ignores les innovations réalisées par les librairies indépendantes, qui cherchent constamment à se renouveler, parce que, justement, tu ne les visites pas? Peut-être que tu ne t’abonnes pas à leur compte Twitter et Facebook, que tu ne lis pas les critiques des libraires sur leurs blogues ou dans leur revue, que tu ne participes pas aux lancements et aux lectures qui ont lieu chez eux, que tu ne commandes pas tes livres directement sur leurs sites transactionnels, peut-être que, dans le fond, tu fais un peu preuve de mauvaise foi?
En passant, la librairie Shakespeare and cie, spécialisée dans la littérature anglophone et véritable musée d’art et d’histoire, ne tient pas une « quantité phénoménale de livres », justement parce qu’elle est « spécialisée ». On s’y rend, comme à la Maison Anglaise par exemple, pour trouver le dernier Dave Eggers en version originale.
On va chez Olivieri pour prendre un café avec Dany Laferrière ou entendre Nancy Huston lire un passage de son dernier livre. On va chez Pantoute pour demander à l’aimable Tania quelques scoops sur la rentrée littéraire à venir. On bouquine le manga au Marché du livre sur Maisonneuve, spécialisée en BD, tandis qu’on prépare son voyage en visitant la librairie Globe-Trotter à Québec. Si notre librairie de quartier ne tient pas ton roman, on le commande sur le site livresquebecois.com.
Et si on se cherche une tasse à café, un tablier ou du papier d’emballage, on va chez Renaud-Bray.
Tu parlais d’une expérience de communauté de lecteurs?
Merci beaucoup pour votre réponse, M. Lemieux. J’espérais entendre votre avis là-dessus.
Oui, je considère que les librairies indépendantes sont importantes pour moi, pour les lecteurs et pour le monde de l’édition. Sinon, je n’aurais jamais pris la peine d’écrire ce billet (qui, avouons-le pour moi, est un geste assez risqué). Mais la cause me tient vraiment à coeur. VOTRE cause.
Ce que j’ai tenté d’expliquer, ce sont mes expériences personnelles de client. À mes yeux (et je dis bien à mes yeux), oui, les librairies que je visite au Québec sont des « placeux de livres ».
Il ne faut pas s’en offusquer.
Pourquoi?
Parce que je ne demande jamais de conseils aux libraires! J’ai les blogues, les critiques sur le Web, les critiques dans les journaux, les conseils des amis, les conseils de mes profs d’université et mes gouts personnels pour guider mes choix. Dans cet ordre, le libraire arrive bon dernier!
Une campagne « J’aime mon libraire », c’est bien beau, mais ça ne modifie pas votre commerce pour le rendre plus attrayant. Ces campagnes sont nourries par de bien beaux idéaux, mais il faudra aller plus loin pour voir des effets positifs. Des effets tangibles et durables.
Dire que je dépends des librairie n’affecte en rien ce que je dis. Oui, ça me fait sentir un peu coupable d’avoir écrit cet article, mais après? La menace des gros plane toujours.
« Acheter chez son libraire, c’est plus qu’un quelconque encouragement. Cela fait vivre son quartier, cimente nos communautés, conserve notre argent dans notre milieu. » Encore une fois : oui! Absolument d’accord. Mais donnez-moi une raison de plus pour aller vous visiter. Je ne veux pas seulement avoir bonne conscience. Je veux en tirer quelque chose d’exceptionnel.
Il ne faut pas se méprendre. Des livres, j’en achète sur Amazon, mais aussi dans les salons du livre, directement des auteurs et, oui, aussi en librairie. Quand je dis : « Malheureusement, je n’ai plus besoin des services que vous m’offrez. », je parle au nom du consommateur moyen (le ton alarmiste est volontaire).
« Les librairies ne font qu’aligner des livres sur la tablette? Viens faire un tour en librairie, parle aux libraires, rends-toi aux activités organisées, visite-les sur le Web. Tu verras que ta critique est un peu forte. Trop forte. »
Pas si forte que ça. Rien dans ce qui est énuméré ne réfère à l’expérience qu’un client vit en traversant physiquement le seuil d’une librairie (à part les conseils, mais je me suis déjà exprimé là-dessus). Pour le Web, il y a encore beaucoup de chemin à faire. J’insiste vraiment là-dessus : que le Studio P organise une activité à Québec, tant mieux! Mais, depuis le début, je parle d’une « visite physique dans une librairie ». Mon billet ne réfère qu’à ça! Le message est le suivant : « La visite dans une librairie doit offrir une meilleur expérience qu’une visite sur Amazon ».
« [L]es libraires s’adaptent aux nouvelles réalités, [...] elles changent. Pas pour devenir des Amazon, non. Pas pour devenir de grosses machines huilées au quart de tour. Non. » OK. Par contre, rien ne les empêche d’être petites ET huilées au quart de tour.
J’ajoute que je suis extrêmement heureux de pouvoir avoir cette conversation avec vous, et que tout puisse se dérouler dans le respect. C’est extrêmement important pour moi. Et si j’ai employé des mots forts dans l’article, je m’en excuse, mais si on veut que ça bouge, parfois, il faut savoir hausser le ton.
Bien à vous,
Dominic
Alice : Non, je ne suis pas de mauvaise foi. Je participe à toutes les activités que tu mentionnes au premier paragraphe. Pour répondre, je me réfère à mon précédent commentaire : je parle des visites physiques en librairie. Elles doivent offrir quelque chose de plus. Voilà tout.
Vous pouvez frapper sur moi autant que vous le voulez! Si ça vous fait du bien, tant mieux. Mais je te l’assure : je ne suis pas de mauvaise foi. Je suis même assez impliqué dans mon milieu. Si je n’en fais pas davantage, c’est parce que je manque de temps, c’est tout. Et ce billet, même si ça peut avoir l’air du contraire, fait partie de cette implication.
« si on veut que ça bouge, parfois, il faut savoir hausser le ton »
Amen Dominic!
Dans notre société de « soyons gentils avec tout le monde », des fois ça fait du bien d’exagérer nos critiques histoire de susciter des réactions.
Ah, tu l’as dit toi-même: tu ne te ferais pas d’amis avec ce billet
Je suis d’accord avec toi et probablement que les plus jeunes générations le sont aussi. En commençant une nouvelle entreprise dans quelque domaine que ce soit, l’investisseur sait déjà qu’après quelques années, il devra s’ajuster au marcher et aux besoins du consommateur. C’est inévitable. Si on ne s’ajuste pas, on ne peut pas survivre et c’est exactement ce qui se passe.
De nos jours, internet est accessible pratiquement partout et le consommateur exige cette facilité. Pourquoi se compliquer la vie lorsqu’il y a bien plus simple? Pour rencontrer des gens avec les même passions ou vivre une expérience spéciale. Personnellement, je veux la paix lorsque je magasine des livres et les suggestions des libraires me laissent indifférente. Je préfère demander à mon entourage ou chercher des critiques sur internet. Ils auront beau lire tous les livres sur leurs tablettes, ils ne me connaissent pas et je suis la meilleure juge pour savoir ce qui me plaira ou non. Je n’ai donc pas besoin d’engager une conversation trop longue avec un monsieur qui parle trop lentement et qui sent trop fort (oh, j’exagère un peu, tu le sais bien). Ce n’est pas une question de prix, mais une question de service (ou manque de).
Tout ça, ça me fait penser à Michael Scott (The office) qui pète une crise à un universitaire en Affaires, lorsque celui-ci lui demande comment il fera pour survivre en tant que fournisseur de papier, dans un marché qui évolue rapidement vers le digital.
Ben non, yen a pas de problèmes, vous êtes tous beaux fins et gentils on ferme les yeux et on n’émet surtout pas une opinion, ça risquerait de blesser des gens!
Ben voyons!
Ignorer les faits ne les fera pas disparaître. C’est juste de l’hypocrisie.
Je te l’accorde sans peine Dominic : C’est en ligne que je puise la plupart de mes envies de lecture.
D’ailleurs, pour quiconque à le moindrement l’habitude de fouiller un peu sur le web et qui désire y trouver davantage que ce que lui offre une visite physique dans une librairie, il me semble qu’il n’est pas si difficile d’y constater la présence des librairies indépendantes.
Voici donc une courte liste des sites Internet de nos libraires. Tu y trouveras chez les uns des critiques (puisque vous les préférez en ligne plutôt qu’en personne), chez d’autres des billets et comptes rendus de lectures, des nouvelles d’actualités, des chroniques ainsi que des outils transactionnels permettant l’achat de livre en ligne.
http://www.lelibraire.org
http://www.librairiepantoute.com
http://www.cmorin.qc.ca
http://www.livresquebebois.com
http://www.librairies.paulines.qc.ca/
http://www.exedre.ca/
http://www.franco-livres.com/
http://www.librairielulu.com/
http://www.librairiemartin.com/
http://www.librairieimagine.com/
http://www.librairiecarcajou.com
http://www.librairiesboyer.qc.ca/
http://www.gallimardmontreal.com/
http://www.marchedulivre.qc.ca/
http://www.librairieducentre.com/
http://www.librairiemonet.com/
http://www.librairievaugeois.blogspot.com/
Les librairies Pantoute, Le Fureteur, Monet, Vaugeois, Olivieri, Clément Morin, Mosaïque, De Verdun, Gallimard, Carcajou, Imagine et le magazine le libraire possèdent également leur page Facebook.
Quant à Twitter, il serait trop long de dresser la liste de tous les libraires qui y participent activement.
J’adore aller flâner dans une librairie, quelle qu’elle soit. Ce que j’aime le plus, c’est quand je découvre un nouveau livre dont je n’avais jamais entendu parler et qui tombe dans mes cordes, comme quand j’ai découvert le magnifique Peaceable Kingdom, de Jack Ketchum, dans la maintenant défunte Librairie Smith (ok, c’est une chaîne, mais je m’y sentais chez moi) de Place Laurier, ou encore quand je suis tombé par hasard sur Morlante, de Dompierre alors d’une visite impromptue dans une librairie. Et plus la section horreur/fantastique d’une librairie est grande, plus je suis heureux!
C’est différent si je cherche un titre précis. Je vais visiter ma librairie indépendante en premier (La boutique du livre de Place de la Cité s’il est en français ou La maison anglaise ou l’Imaginaire s’il est en anglais). Mais si je ne trouve pas ce que je cherche dans ces librairies, ou si la différence de prix est majeure (par exemple 25$ vs 40$), Amazon ou Indigo restent des options non négligeables. Commander des livres qu’ils n’ont pas en stock à La maison anglaise est une expérience fort intéressante, puisqu’on peut le faire par internet (on peut fouiller dans le catalogue de leur distributeur, choisir les éditions et passer chercher sa commande en magasin).
Bref, j’aime les librairies, mais elle ne répondent pas toujours à mes besoins. Et je ne parle même pas de mon attirance pour l’électrolivre…
Alice : Je comprends que les librairies indépendantes essaient d’avoir une forte présence sur le Web.
Ici, je m’avance, et j’avoue ne pas connaître toutes les données, mais…
… considérant qu’un achat en ligne sera presque toujours plus avantageux chez les « gros »…
… le Web est-il vraiment l’endroit où vous devriez investir votre budget et votre temps?
Ne serait-il pas mieux d’investir vos efforts pour améliorer ce qui se trouve entre les 4 murs de votre librairie? N’est-ce pas ce qui vous distingue d’Amazon, justement, soit une présence physique?
Pourrait-on rendre votre librairie plus intéressante qu’un site le Web, où les données foisonnent?
Comment votre équipe et votre espace peuvent-ils être utilisés pour aller au-delà des tablettes et des conseils?
Comment faire rayonner la littérature par une expérience vécue « sur le moment » lorsqu’on visite une librairie?
Parce que le but ultime, en fin de compte, c’est de ramener le client chez vous.
J’arrive tard et le débat est bien ancré. Je suis un peu de l’avis de Dominic. Je suis la première à acheter en ligne. Je suis accroc à Amazon et j’adore y magasiner. Le courriel que je recois chaque jour, je le met souvent à la poubelle, mais Amazn connait mes habitudes de consommateur de livres. OUI DE LIVRES. Je ne complète JAMAIS ma commande avec un CD ou un autre machin car pour 39$ j’ai 2 ou 3 bouquins dans ma boîte aux lettres en 2 à 3 jours et je n’ai pas à me déplacer de mon salon.
En plus, comme je suis consommatrice de livre numérique que je commande et qui arrive directement dans mon e-book reader en 1 minute. OUI UNE MINUTE!!! ET SANS AVOIR À LE BRANCHER DANS MON PORTABLE!!!
Les librairies indépendants ont un site web transactionnel. Bien conçu, oui, mais dont le marketing viral n’est pas encore aussi au point que celui d’Amazon. Oui, il faudra manger beaucoup de croûtes pour arriver à être aussi efficaces et aussi offrir plus de format de livres électroniques. J’en ai acheté quelques uns, mais l’expérience de lecture avec le format .pdf est loin d’être aussi enivrante qu’avec le format Kindle, vous voulez leur prendre une part de marché, je vais vous offrir la mienne, mais donnez-moi le goût d’y aller. Les livres électroniques québécois ne sont pas légion, seul Alire avait prévue le coup faut croire. La campagne de promotion du site Web est loin d’avoir été très grosse. J’en ai entendu parlé nulle part! Où l’ai-je trouvé? Au salon du livre en prenant Le Libraire, une édition dépassée, qui est restée… 2 mois dans mon porte-journal. Puis quand mon chum m’a prié de classé ce qui traînait dedans je suis tombée sur le dossier livre numérique. Sinon, jamais je ne le l’aurais trouvé.
Je supporte aussi l’expérience d’une librairie exceptionnelle. J’aime bien aller flâner chez Clément Morin. Faut pas savoir ce qu’on cherche et avoir envie de flâner, car des sites web comme celui de Clément Morin, je n’y vais pas. Pourquoi? Parce que je ne le trouve pas efficace. Il me donne pas le goût de flamber des sous-là. Désolé, faut que le site Web soit attirant et celui-là ben non. Je trouve pas qu’il fait la job.
Costco, oui, des fois, mais le stock de livre change trop souvent et souvent c’est du stock hyper populaire que les lecteurs très très très occasionnels vont se procurer comme Anne Robillard, Stephenie Meyer, Marie Laberge ou Victor Levy Beaulieu, genre de truc qui n’accroche pas.
Moi aussi, le gros de mes achats annuels en livres proviennent du Salon du Livres.
Combien de livres je consomme annuellement? Au moins une cinquantaine; mes achats, près de 75 par année. Alors SVP, si vous voulez ma part de marché, courtisez-moi et donnez-moi le goût d’aller chez-vous. Une fois que je suis charmée, je suis une consommatrice fidèle. La carte de fidélité… ce n’est plus au goût du jour, plus assez pour me gardée fidélisée. « Sorry! »
Pis mes autres livres? http://manybooks.net// Ah!!! Des classiques gratuits, en quelques clics dans mon e-book reader, dans la langue de mon choix.
Mes suggestions de lecture, dans les blogues et ce que me propose Amazon.
Toute ma jeunesse, et durant mes études, j’ai eu la chance de bénéficier des conseils érudits de libraires compétents. Je crains en effet que ce soit une espèce en voie de disparition, je le déplore, car rien de valable ne remplacera la petite librairie indépendante. Les supermarchés du livre de type entrepôt ou sur le réseau ne sont que de pauvres moyens de se procurer un livre qu’on connaît déjà. Le commerce y gagnera, la culture y perd beaucoup. Mais la culture est morte, il ne reste que les « industries culturelles », qui m’indiffèrent. Je suis finalement bien content de n’avoir plus beaucoup de temps à vivre dans ce monde-là.
Excellent billet, qui me donne envie de réagir.
Je compare beaucoup l’univers du livre à celui de la musique puisqu’en bon lecteur, j’aime la musique.
Certaines enseignes proposent d’ailleurs des rayons livres et disques.
Je me suis toujours demandé pourquoi les libraires ou les enseignes mixtes ne proposaient pas plus de mini-concerts, de dédicaces d’auteurs, de concours divers et d’espace de lecture ou d’écoute, enfin, de vrais espaces avec café, coin pour discuter ou échanger, prises usb pour ordi etc.
A quand les bornes mixtes chez les enseignes mixtes, où lon pourrait bénéficier de l’ambiance, de la créativité du commerçant, et télécharger de la musique et des e-books ?
Ce que c’est enivrant d’acheté un livre sur amazon …
Acheter sur Amazon, les premières fois, c’est un eu comme chercher un numéro de téléphone sur Canada 411. Tu regardes à un moment où tu es devant l’ordi et tu sais ce que tu veux.
Puis viens le moment où, tu peux plus sortir de chez-toi. Dans mon cas, clouée dans ma maison pour une grossesse avec beaucoup de travail prématuré. S’il y a un moment où les livres ont pris toute leur importance c’était là. Mon copain me ramenait mes livres en revenant de travailler avec les enfants.
Amazon a été capable de se monter un bon profil de consommateur et arrive à toujours mes proposer de la lecture intéressante. C’est comme ça que ça devient facile.
Je serais curieux d’entendre la position des distributeurs et des diffuseurs sur la question… pour un auteur distribué, en plus! à quoi bon, si tu prêchez Amazon, faire affaire avec un éditeur distribué?
Je ne prêche pas pour Amazon. Relis mon billet.
Bonjour,
En tant que libraire indé je me permets de répondre.
Vous cherchez en gros dans une librairie ce qu’internet vous offre : un réseau social de conseils. Avant d’en arriver à ce projet magnifique, je vous suggere de remettre en question votre regard de consommateur ainsi que vos connaissances du métier de libraire (il n’y a aucune aggressivité dans mon propos, je m’explique)
Dire qu’un libraire est simplement un « placeur de livres » vous fait passer pour un homme plein de courage, si vous le dites, moi je trouve cela insultant et naif (je me sens courageuse aussi : j’ai dit « naif »!). L’assortiment même d’une librairie est orienté par un libraire. Les livres qu’il « place » sont choisi des mois à l’avance selon sa propre politique. Une librairie n’est pas un grossiste qui va vous proposer un étalage de livres. Limité par une surface physique, ce sont ses gouts et son experience, ainsi que ses conseils qui apporteront de la valeur à son magasin.*
Oui Shakespeare & co est une magnifique librairie, mais j’ai le sentiment que vous ne faites qu’effleurer la surface du concept. Une librairie, que vous le vouliez ou non, c’est à la base un libraire, non pas des meubles rustiques ou excentriques, ni même des rencontres avec des auteurs, ni même des comités de lectures, ni même les sites internet, ni même des animations (qui s’y greffent très souvent, pour le bonheur de tous).
Si vous insistez dans votre article (et dans vos commentaires) sur le fait que l’avis du libraire ne vous interesse pas, effectivement, autant vous tourner vers une structure impersonnelle, le débat est en fait un dialogue de sourds.
D’autre part (je parle des librairies françaises pour le coup), quand un libraire n’a pas un livre en stock, TOUT COMME AMAZON quand il n’a pas le livre dans ses dépots, il le commande à son fournisseur pour le client. Dans les deux cas, le délai (une semaine, souvent moins) est très souvent similaire. Amazon n’a pas « tout », la structure propose juste une base de données performante, le libraire vous propose exactement la même chose, le rapport humain et la possibilité de feuilleter les livres en plus.
Comme il l’a été signalé plus tot, l’idée de l’opération « pause Amazon » protege le libraire, mais surtout l’EDITEUR. Editeur qui pour avoir une visibilité sur les sites marchands, doit proposer des conditions à ces derniers (parfois jusqu’à la vente à perte) qui ne lui permettent pas de pérenniser.
Libre à tout le monde d’acheter où il veut, mais libre aussi de défendre une diversité.
(Pour rappel en France : le prix du livre est unique, les 5% que l’on retrouve sur les sites sont également présents dans les librairies indés)
Une chose encore : nous sommes au service du lecteur, avec nos moyens qui ne sont pas ceux d’une multinationale. Je suis fiere d’etre libraire et d’avoir de nombreux clients fidèles ainsi que des lecteurs qui nous découvre avec bonheur.
Je n’ai pas envie de vous convaincre d’entrer dans une librairie, ni de vous expliquer comment on fait pour y revenir si vous ne possédez pas la premiere base : avoir confiance en un libraire.
Cordialement
*à ce propos je vous suggere si vous êtes de temps en temps à Paris, de vous procurer le livre « Guide des librairies spécialisées, Paris et banlieue » de David Alliot chez Horay, ce pourrait-être une occasion de vous réconcilier avec les libraires!
Encore une fois, je me répète : je vous comprends à 100%.
Il faut interpréter ce billet non pas comme un dégoût de ma part face aux librairies, mais comme un état d’alerte. Votre race est clairement en voie d’extinction (peut-être pas à Paris, mais au Québec, nous voyons les librairies indépendantes fermer les unes après les autres).
Je crois qu’en continuant avec cette « formule », les librairies ne s’aident pas. Quelque chose doit changer dans leur fonctionnement, à l’intérieur de leurs murs, ne serait-ce que pour s’adapter aux nouvelles technologies (le livre numérique, entre autres) ou pour inciter les clients à revenir chez eux.
Je ne suis pas naïf, bien au contraire. Je dénonce un problème flagrant que vous, les libraires, refusez de voir. Et, bien malheureusement, cet entêtement vous mènera à votre perte.
« Une librairie, que vous le vouliez ou non, c’est à la base un libraire, non pas des meubles rustiques ou excentriques, ni même des rencontres avec des auteurs, ni même des comités de lectures, ni même les sites internet, ni même des animations (qui s’y greffent très souvent, pour le bonheur de tous). »
FAUX! Et je le crie haut et fort! C’est exactement le problème dont je parle. Le concept même de « librairie » a besoin d’être redéfini.
(Encore une fois, je répète que le problème semble plus important au Québec.)
Juste un exemple comme ça : je considère que la revue Le Libraire est un très bon coup des librairies indépendantes. Une partie de l’objectif est réussie avec ce périodique : les clients doivent se rendre en librairie pour se le procurer.
Ce n’est pas le café que l’on pourrait servir au client qui rend la librairie meilleure mais bien l’assortiment proposé ainsi que le conseil. Si un jour (ce que je ne souhaite pas) toutes les librairies indépendantes devaient fermer, je ne suis pas sûre que les libraires au chômage soient ceux que l’on devrait plaindre.
Que la « race » des libraires (étranges petits êtres cachés dans les livres) s’éteigne, dans une société « du tout tout de suite » aseptisé, ne me parait pas contradictoire. Ce serait même très en phase avec notre temps.
Je ne refuse pas de regarder en face le « problème », qui n’en est pas un : les manières de vivre évoluent avec les nouvelles technologies.
Reconnaissez tout de même que les librairies n’ont pas attendu votre article pour se bouger le derriere, et ce depuis des années, avec leurs moyens (certains ont tentés de le souligner dans les commentaires). La librairie est déjà un lieu de débats et d’échanges. La librairie est déjà un lieu de rencontre avec les auteurs. Certains même utilise internet (formidable outil!) comme moyen de promotion et de communication avec les lecteurs. Je ne suis d’ailleurs pas dans un café mais bien sur la page de votre site pour discuter depuis un autre bout de la planête.
A mon avis, la question n’est tout simplement pas (plus) là. Si une librairie indépendante ne se justifie plus au sein de notre société, si les lecteurs n’en ressentent plus le besoin, qu’elle disparaisse.
Sinon, c’est qu’elle a encore un rôle à jouer. (bien sûr, je parie en ce sens ^^)
Merci encore en tout cas pour l’idée de ce débat sur l’avenir de la librairie indépendante, ne serait ce que pour en parler un peu. Je rappelle tout de même que les libraires (indés ou pas) ainsi que les éditeurs (gros ou petits) subissent pour la plupars une profonde crise en ce moment et que le fond du probleme est fondamentalement lié aux circonstances économiques actuelles (et peut être effectivement à un systeme qui n’est plus en phase avec nos habitudes).
Cordialement
Je suis bien heureux également d’avoir cette discussion avec vous. À en voir la popularité du billet (j’ai fracassé tous mes records de visite à vie… et de loin), le sujet suscite un vif intérêt.
« Je ne refuse pas de regarder en face le « problème », qui n’en est pas un : les manières de vivre évoluent avec les nouvelles technologies. »
Très bien dit. Ce que je propose, c’est de faire en sorte que les librairies évoluent en ce sens. Mais, oui, ça demanderait de changer la formule en place.
« A mon avis, la question n’est tout simplement pas (plus) là. Si une librairie indépendante ne se justifie plus au sein de notre société, si les lecteurs n’en ressentent plus le besoin, qu’elle disparaisse. »
J’espère qu’on n’en arrivera jamais là. Je souhaiterais, avant que cette disparition n’aboutisse, que des libraires prennent la peine d’évaluer et de combler les besoins des lecteurs de 2010, tel que moi.
Un de mes rêves serait de constater que le monde, en général, lit davantage. Une librairie bien rodée, à l’écoute de ses clients, pourrait arriver à concurrencer Amazon et cie. L’Imaginaire l’a fait. D’autres peuvent aussi y parvenir. Il suffit de trouver les bonnes idées et de les exploiter.
Par exemple, si le café permet d’attirer une nouvelle clientèle, le café se met au service de la littérature. C’est une arme.
Bien sûr, on peut garder la formule actuelle. Mais je ne crois pas que cela puisse assurer la survie d’un commerce à long terme.
Et quand les librairies ferment, ça ne sert pas la littérature.
« la revue Le Libraire est un très bon coup des librairies indépendantes. Une partie de l’objectif est réussie avec ce périodique : les clients doivent se rendre en librairie pour se le procurer. »
Tu sais que la revue est aussi disponible en PDF sur le site du Libraire?
Claude : Oui, mais je préfère de loin lire la version papier. C’est comme le journal.
Et bien moi j’ai souvent besoin des conseils d’un libraire. Cependant je n’ai pas toujours le temps d’y aller . . . c’est alors que j’ai trouvé via « google » un site de conseils de lecture personnalisé. C’est une équipe de libraires qui prodiguent des conseils gratuits en fonction des thèmes demandés et qui envoie des fiches bibliographiques. Une autre fois je recherchais un livre dont je ne me souvenais ni du titre ni de l’auteur, uniquement le thème. Ils m’ont envoyé 4 propositions de livres, et celui que je recherchais était dedans. Par l’intermédiaire de leur partenaire j’ai pu commandé le livre que je cherchais et j’ai vu qu’ils proposaient également des livres numériques. J’ai trouvé que le concept était novateur et que c’était une bonne alternative. Je vous propose d’aller y jeter un coup d’oeil (www.libraireadomicile.fr)
Pour moi, Amazon et la librairie sont deux expériences différentes. Je commande des livres techniques sur Amazon, des ouvrages introuvables dans ma ville. Par contre, j’aime bouquiner, parcourir les rayons et lire la quatrième de couverture. Il m’est inconcevable d’acheter un roman québécois sur Amazon alors que je peux l’avoir à la librairie du coin. Je n’ai pas besoin d’une surenchère de stimuli pour bouquiner. Et je ne tiens pas à envoyer mes sous engraisser une grosse compagnie étatsunienne. Si le livre technique est disponible chez Chapters/Indigo, je vais l’y commander, même s’il me coûte quelque dollars de plus, parce que Indigo est canadien. Et je n’achète pas de livres où je peux acheter de la soupe tomate ou du Lanacane ™. J’aime les livres et je les respecte.
Nicolas : Si tout le monde était aussi responsable, le problème des librairies n’existerait pas. Et à la grandeur de la province, il n’y aurait aucun produit en vente qui soit « Made in China ». Nescafé serait mort au profit des compagnies équitables. Le monde serait beau.
Mais pourtant, les librairies continuent de fermer.
Il faudra apprendre que le grand public n’est pas consciencieux. Pas une seconde. Zéro. Car avouons-le : le public en général ne jure que par les économies et s’en fout de financer les « sweat shops » en Taïwan. Ou d’endommager la chaîne du livre, tiens.
Et traitez-moi de cynique, mais je pense sincèrement que rien ne viendra changer ça. Pas dans cette décennie, du moins.
Moi j’ai le même type de problèmes avec le roman québécois. Il me fatigue le roman québécois. S’il vous plait, cessez de parler de vos expériences amoureuses. Ça n’intéresse personne. Votre vie n’intéresse personne, sauf, peut-être, vos amis. Vos histoires de jalousie, les gens que vous avez embrassés avec la langue, vos coucheries, vos aventures. C’est saoulant. Quand j’ouvre un livre, je veux vivre une expérience. Je veux faire parti de quelque chose de plus grand que moi. Pas m’observer dans un miroir. Les américains, eux, ont compris. Leurs livres brassent des idées. Il y a de l’action, du sang, des personnages plus grand que nature. Quand j’ouvre un de leurs livres, aux américains, j’ai une impression d’émerveillement qui devrait être ressentie à chaque fois qu’on ouvre un livre. Allez, trouvez des idées, auteurs québécois. Surprenez-moi. Pensez à l’imagination, utilisez-là, c’est votre modèle à suivre. Si vous n’êtes pas d’accord, si vous croyez qu’écrire sur votre quotidien est un gage de réussite, vous creusez votre tombe. Vous mourrez bientôt, et moi, je pleurerai sur vos cendres.
« Leurs livres brassent des idées. Il y a de l’action, du sang, des personnages plus grand que nature. »
Merci pour ton profond commentaire, mon grand Éric. Maintenant, retourne jouer avec tes géants qui saignent et qui se battent.
Cette phrase sur les américains, mon cher Dominic, c’était de l’ironie. Pour le reste, c’est un peu n’importe quoi, je le sais, c’était le but de l’exercice. Tout comme toi et ton texte sur les librairies et les libraires, dont je suis. Quoi ? Tu étais sérieux ? Mince ! Décevant pour un écrivain qui a besoin des libraires pour vendre son(dernier)livre que, incidemment, j’ai bien aimé, et que, incidement, j’ai conseillé à pas mal de gens.
Désolé pour ne pas avoir détecté l’ironie, mais ce discours sur le roman québécois existe bel et bien. Je l’ai déjà entendu à quelques reprises.
Mais il reste que j’ai quand même expliqué encore et encore pourquoi j’ai écrit ce billet dans les commentaires. Et bien franchement, je commence à être fatigué de me répéter. C’est pourquoi, après cette explication, je vais verrouiller l’article. Ce n’est pas parce que je ne vous aime pas, mais ça me déconcentre énormément dans mon travail d’écriture.
Alors, pour une dernière fois : OUI! Les librairies indépendantes sont importantes. Elles soutiennent la chaîne du livre au Québec de différentes manières.
Sauf que là, on les voit disparaître une à une et il faut faire quelque chose. Et j’ai vraiment l’impression de parler dans l’oreille d’un sourd.
Faites l’analogie avec un météore qui va frapper la Terre. La Terre va exploser bientôt et moi je dis : « Faut faire quelque chose pour survivre ». Et tout ce que les libraires réussissent à me répondre, c’est : « Oui, mais, on mérite de survivre! » Hein…? OK, je suis d’accord, mais vous allez crever quand même si vous restez là.
Je dis seulement qu’il faut commencer à proposer des solutions. Voilà tout.
MISE À JOUR : Après mûre réflexion, j’ai décidé de me retirer de ce débat.